On a tous notre petite musique. Celle qui émanait de Jean-Louis Derenne, président d’Ô Jazz, trop tôt disparu le 11 juillet dernier, mettait en œuvre des voix diverses pour composer un ensemble complexe.

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(photo : Patrice Delatouche)

Il aimait les big bands, ces groupes obligatoirement rigoureux parce que collectifs qui trouvent dans la compréhension du partenaire la puissance de l’ensemble, mais qui offrent aussi aux solistes une chance formidable de s’épanouir librement. La puissance donnée par le collectif l’attirait, le jeu de relations qui se créait dans un grand ensemble, les dialogues entre instruments, les réponses des cuivres aux percussions, l’intéressaient au plus haut point. Surtout lorsqu’il s’agissait de construire du beau, de l’élégant, du raffiné.

Mais il aimait aussi ces envolées que donnent parfois les soufflants ou les pianistes, ces montées pleines d’énergie à la Miles Davis ou à la Coltrane, ces grands moments très personnels, presque solitaires, où le musicien nous entraîne au-dessus du reste, au-dessus des petits compromis, des à-peu-près, des revirements et des médiocrités. Ces moments pleins de vérité qui vont chercher, aux limites de la transe, une substantifique moelle qui nourrissait son esprit demandeur. Du léger, du fluide, de l’aérien.

Il aimait mettre en relation. Ceux qui font la musique et ceux qui l’écoutent, mais pas seulement. Il aimait prendre part au concert du monde, n’hésitant pas à faire entendre sa voix là où il sentait que sa partition serait juste. Dans cette grande cacophonie, il apportait un son clair, déterminé, à la fois posé et virulent. Désolé que parfois la symphonie déraille, que des fausses notes magistrales nous entraînent vers la chute. Il devenait alors militant, joignant sa force à celle de groupes constitués pour avoir une chance d’influer sur les décisions, de retrouver l’harmonie. Du hargneux, du combatif, du virulent. Comme aurait dit Audiard.

Parce que sa musique avait aussi une composante pleine d’humour. Il adorait celle des mots, des mots qui expriment comme ceux qui se moquent, les mots qui jouent avec la réalité, qui la décrivent mais aussi la révèlent, les mots qui traduisent l’esprit. Les mots qui font rire et qui en même temps stimulent la pensée, les mots intelligents comme les mots détournés. Il les alignait avec brio et les lisait avec délectation.

Ces derniers temps, il partait dans la nature observer les oiseaux. Pour leur liberté, pour leur beauté, pour leur chant qui exprime tant de choses qui lui correspondaient. Il appréciait Chaval, mais il aimait les oiseaux, même s’il n’aimait pas les cons, surtout en troupeaux.

Cher Jean-Louis, j’aimais bien quand tu nous donnais le la pour voler avec toi.

Bernard et tous tes ami.e.s d’Ô Jazz

Adendum : Aurore et Dominique vous remercient de tous vos messages d’amitié et de sympathie concernant leur père et époux exceptionnel et généreux.