Paris accueille en deux lieux, jusqu’au 18 août, l’une des plus importantes rétrospective jamais consacrée au génial New-Yorkais, mort en pleine gloire à 32 ans, en 1990.

Comme les plus grands improvisateurs de jazz, un Coltrane ou un Miles, capables de jouer tout un morceau sur un thème qui se résume à quelques mesures, Keith Haring déroule ses lignes sans aucun dessin préparatoire.
Et pourtant, au delà de leur coté graphique, les toiles qu’on a sous les yeux paraissent totalement construites, pensées, ordonnées, équilibrées. C’est que, comme les grands maîtres du jazz, Keith s’est forgé son vocabulaire. Et ce n’est pas seulement une manière de parler. Ses petits bonhommes au trait dessiné à main levée reviennent tout le temps, et, comme des mots, composent des phrases.
Ses bêtes aussi, des chiens, des monstres. C’est que, très tôt, peignant dans la rue à côté des graffeurs, il a été obligé d’intégrer la vitesse d’exécution à ses peintures. Pour ne pas se faire prendre. Une vidéo le montre dans le métro de New York, en train de réaliser l’un des 5 000 dessins qu’il a fait à la craie sur des panneaux noirs qui recouvrent les espaces publicitaires vacants. Un seul trait, sans lever la main. Et c’est époustouflant de justesse et d’équilibre. Par la suite, sur les bâches qui lui servent de toiles, disposant de plus de temps, il peut revenir dessiner des signes entres les formes, remplir l’espace de traits. Il utilise des formats quasi jamais atteints, Mais le dessin de base, la ligne thématique est toujours la même.

Affiche (non visible à Paris) réalisée pour le festival de jazz de Montreux
Ce langage, il l’a élaboré dans la rue. Il a voulu rester aussi simple que les signaux urbains qui nous entourent, les panneaux qui indiquent les WC ou les flèches qui montrent la sortie. Un code presqu’universel. Dans un style proche de la bd, il a voulu transmettre ses positions sur la société, l’omniprésence de l’argent par des signes $, le poids de la religion par des croix se collant au cerveau, la puissance des mass media par des écrans à la place de visage, le racisme par des bonshommes noirs. Il n’y a rien de plus simple.
Beaucoup de femmes qui accouchent, aussi, et puis sa lutte finale contre le sida, militant pour garder le plaisir dans ces années terribles où l’amour devenait diaboliquement mortel.
Il n’a pas gagné, mais il a laissé un message singulier, passé de la rue au musée mais qui conserve la puissance sauvage de son origine. BC
Keith Haring, “The political line”, jusqu’au 18 août 2013
Musée d’art moderne de la ville de Paris (dessins, toiles, sculptures) 11, avenue du Président Wilson – Paris XVIe – www.mam.paris.fr
Centquatre (œuvres grand format) 5, rue Curial – Paris XIXe www.104.fr