ô jazz ! va produire en 2013 “Riding with Jack”, le premier album d’Antoine Bernollin et de son “Roads quartet”. Portrait du pianiste et de son projet, signé Bernard Cassat…
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Photo Céline Bachelet

Le projet

Début 2010, Antoine Bernollin est dans une impasse, un petit creux de la vie. Rien ne débouche vraiment, il ne sait pas trop ce qu’il doit faire. Sa musique, mais surtout ses finances, patinent. Il se dit que la musique, ça paye pas, au point d’avoir envie d’abandonner. Pierre Richard et ô jazz ! lui proposent une séance aux “Samedis du jazz”. Bernollin décide de jeter ses dernières cartes dans l’affaire. Un pari un peu fou et un peu désespéré, comme un dernier nouveau départ. On the road, bien sûr.
Il avait lu le texte de Kerouac quand il était ado. “Ca m’avait laissé abasourdi. Petit gars très ordinaire, fils de commerçant orléanais, ce n’était pas évident de suivre toutes ces aventures pleines d’alcool, de drogue, de sexe, de déviance…” Mais les mots ont laissé leur chanson en lui.

Le long ruban

Antoine a toujours eu besoin de partir d’images pour faire de la musique, comme un support sur lequel développer sa propre expression. Il retourne au texte, cherche, trouve beaucoup de documents audio et vidéo. Il écoute Kerouac lui-même lire ses textes de manière très rythmée, très jazz, sur les accords de Steve Allen au piano, dans son fameux show télévisé (voir ci-dessous). Il retrouve des enregistrements que Kerouac a fait avec Zoot Sims et Al Cohn à partir de ses haïkus, ces petits poèmes très concentrés dont les japonais sont maîtres. A partir de tous ces documents, le pianiste commence a écrire des thèmes simples qui deviendront l’ossature de l’aventure. Dans laquelle Bernollin, tout comme Sal Paradise – le double romanesque de Kerouac, ne veut pas se lancer seul. Car avant tout, pour lui, la musique est une expérience humaine d’échange, d’amitié, de relation à l’autre. Et là, “Je voulais la dream team !”

La “team” idéale

Il se tourne tout d’abord vers son copain de longue date, le contrebassiste Marc Bollengier, avec qui l’entente est constante. Et puis il n’a pas oublié les deux petits jeunes qui, quelques années auparavant, ont débarqué aux soirées bœufs du Cats. Adrien Chennebault et David Sevestre s’étaient pointés, séparément, avec leur jeunesse, leur enthousiasme et leur énergie. Antoine explique que “en musique comme en amitié, et parfois en amour, il y a des rencontres fulgurantes. On est tout de suite reliés. Pas besoin de temps d’explication, on comprend.” Et avec ces deux là, ça s’est passé. Ils étaient pourtant apprentis musiciens, mais Antoine a tout de suite entendu qu’ils avaient en eux l’essentiel, le feeling, la grâce. En 2010, au Printemps de Bourges, où David joue avec les “Vendeurs d’enclumes”, ils se croisent dans les toilettes. Antoine lui parle du projet Kerouac, et David monte sans hésiter dans la limousine. Adrien viendra compléter le quatuor, cette formation piano, sax, basse, batterie archi-classique du jazz qu’Antoine voulait dès le départ.

La filiation

Le classique, la tradition, font partie des points d’ancrage d’Antoine Bernollin. Non par respect aveugle, mais parce qu’il aime trouver dans la musique trois éléments qui lui semblent indispensables “le rythme, la mélodie et les couleurs harmoniques. Dans le jazz, il doit y avoir tout ça. La pulsation est primordiale. Chez les grands qui ont fait l’histoire du jazz, Coltrane ou Miles, on retrouve ça. Les mélodies de Coltrane sont parfois brèves ou simples, mais toujours présentes et reconnaissables. Dans “A Love Supreme”, par exemple”. Et là, Bernollin fredonne la mélodie et le morceau entier devient présent. Il connaît ses classiques. Michel Portal est une de ses références, le clarinettiste Don Biron aussi. Et c’est muni de toutes ces influences, de tous ces acquis qu’il a repris les thèmes écrits pour le concert de la rentrée 2010.

Le jeu

Antoine Bernollin veut du vrai jazz. Il n’y a que quelques feuilles d’écriture assez simple, mais l’important, c’est que chacun intègre les lignes au point de ne plus s’en souvenir quand il joue. Afin que la qualité des musiciens et le plaisir de jouer enrobent d’une chair délicieuse cette ossature apportée par le leader…
Kerouac décrit des images qui les guident, qui leur permettent de se détacher du travail nécessaire pour ne garder que l’énergie, le dépassement dans les improvisations. Et d’après ses dires, Antoine a constaté que l’équipe était encore plus créative que prévu. D’où ce très beau concert de septembre 2010, confirmé sur “Place au Jazz” en 2011.

Deux mille douze

Kerouac ne cesse de nous dire que la vie n’a pas forcément un sens, mais qu’elle est intéressante quand elle est vécue comme une expérience toujours renouvelée. Le Bernollin “Roads Quartet” va donc essayer de fixer sur cd cette “reprise”, qui sera bien sûr autre chose, une autre expérience qu’il y a deux ans. Antoine avait réussi alors son pari de dépasser le désespoir. Grâce à ce concert, l’asphalte a cessé de se dérober sous ses pieds. Il a trouvé d’autres partenariats, il a joué pour des spectacles de danse, il a accompagné des films muets, il a continué à chercher des images porteuses de créativité. Et ses trois compères ont eux aussi bien avancé. Ils seront donc plus complets, plus riches pour l’expérience 2012.
Mais chut, ils entrent en studio lundi prochain, et vous invitent à l’enregistrement de l’album au cours de deux séances, les 27 et 28 septembre. Où l’expérience sera partagée avec vous. BC

Enregistrement public en conditions de concert les jeudi 27 et vendredi 28 septembre 2012, salle Vitez du Théâtre d’Orléans à 20 h 30. Entrée libre. Réservation indispensable, par simple mail à contact.ojazz@gmail.com