Le contrebassiste berruyer Géraud Portal sort son premier album, “Fort Greene Story”. Véritable acte de foi revendiquant l’héritage de John Coltrane, c’est une vraie réussite !

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C’est par la grâce de l’association “After the Crescent”, basée à Bourges, que nous avons connu Géraud Portal et son compère le pianiste Etienne Déconfin. Pas besoin de nous le dire deux fois : sur Place au Jazz, en juin 2013, ô jazz ! accueillait le Géraud Portal Trio ; et lors des Samedis du jazz (le 23 novembre 2013 au Théâtre), c’était le tour du Etienne Déconfin Trio.

Mais revenons à nos moutons – ou plutôt à notre bûcheron, puisque Géraud, en même temps qu’à celui des muses, a depuis longtemps cédé à l’appel de la forêt, empoignant le manche de la cognée comme il empoigne celui de sa contrebasse : à bras le corps.

A 26 ans, le jeune musicien a déjà compris bien des choses. Et d’abord que l’influence d’un maître (le sien, c’est Coltrane) n’est ni un handicap ni une maladie honteuse, mais peut être une chance. Ensuite que l’un des “piliers de la sagesse” du jazz réside dans le pèlerinage à la Mecque, qui a ici pour nom New York, étape incontournable de l’initiation musicale, où tout s’écrit, où se font les rencontres, où le jazz se vit et évolue jour après jour.

C’est à Brooklyn, hébergé dans une chambre de la maison du contrebassiste Bill Lee (le père du réalisateur Spike Lee), que Géraud a franchi le pas, écrivant fiévreusement les six morceaux de son premier album, invitant son copain Etienne Déconfin à le rejoindre sur place et débauchant pour l’occasion (et la bonne cause) quelques jeunes musiciens du cru, dont le blufflant saxophoniste Arnold Lee.

Enregistré en session nocturne au Studio Systems Two, l’album a l’évidence de l’urgence, une incroyable énergie qui, même si elle peut se montrer parfois un peu brouillonne (sur le premier morceau), emporte l’adhésion. Oui, c’est bien sous les auspices bienveillantes de John Coltrane que l’inspiration est venue au compositeur, et qu’elle s’est diffusée à ces étonnants musiciens dont aucun n’a encore atteint les 30 ans.

Cet album réjouissant est aussi une jolie leçon à tous les “génies révélés” (on en connaît) de la jeune scène jazz. Il montre que l’humilité, l’apprentissage des “classiques”, le travail et les rencontres sont l’un des moyens les plus sûrs de construire le socle sur lequel se bâtira un propos et, qui sait, une carrière.

Timber ! Un Géraud va tomber sur la scène jazz… et ça va faire du bruit. JLD

Fort Greene – Avec Géraud Portal (contrebasse), Etienne Déconfin (piano), Arnold Lee (saxophone soprano), Ben Solomon (saxophone ténor), Kush Abadey (batterie) – Production Gaya Musique – Distribution Abeille Musique