Duo insolite comme savent en provoquer les rencontres de jazzmen ! Gaël Mevel, pianiste longtemps pithivérien et Michaël Attias, saxo new-yorkais, se sont insinués sans tambour ni trompette au fin fond de notre intimité. C’était samedi 12 au Théâtre d’Orléans, devant 350 personnes. Extrêmement plaisant.
mevel-ch
Photos Christophe Esnault.
D’autres images sur son “Jazzbook”

“Les pas retenus”, le morceau d’ouverture du concert, éponyme d’un poème de Paul Valéry, est une très belle introduction à ce duo inhabituel. Retenue, certes, et néanmoins la musique s’exprime, les sons se glissent au plus profond de l’auditeur, atteignent cette intériorité où tout se mèle, pensée, réflexion, émotion. Gaël Mevel, arlequin et clown blanc à la fois, arpège au bout de ses grands gestes des accords savants qui décortiquent la mélodie.

“Pheonix”, superbe solo de Michaël Attias à l’alto, ajoute à l’intériorité beaucoup d’ambiguité. Image cliché du saxo solitaire qui lance vers nulle part ses notes déchirantes… mais toujours avec cette douceur incroyable qui chatouille l’esprit et rend l’écoute à la fois facile et exigeante.

Musique d’une autre temporalité ; on ne peut pas se baser sur le rythme puisqu’il n’y en a pas, à proprement parler. Les mélodies se déploient au fil d’une pensée intérieure qui est celle des musiciens ou de l’auditeur, de leurs accords ou de leurs différences. Rencontre à la communication immédiate, dialogue sans mots, échange dans et par le son. On s’installe dans cette temporalité hors du commun, on se laisse porter par ces notes, harmonieuses, évocatrices, simples d’apparence. Musique de chambre qui, comme toute poésie, demande beaucoup d’attention mais aussi beaucoup de liberté dans l’écoute.
attias-ch

Ils sont sortis de cet enchantement sur la pointe des pieds, sans claquer la porte. On ne sait pas trop ce qu’ils nous ont dit, mais ça continue à agir en nous. On sait qu’on a entendu un beau concert et des musiciens hors pair. Très fort. BC

ma-pd1
Photos Patrice Delatouche
mapd2

Sur l’agenda de 2016, les prochains “Samedis”

Samedi 9 janvier 2016 : Baptiste Herbin, en quartet
Originaire de Chartres, Baptiste Herbin apprend le saxophone avec Jean-Louis Mounier puis le jazz avec Julien Lourau et Jean-Jacques Rulhmann. Elève au CNSM dans la classe de Jazz de Riccardo Del Fra, il rencontre André Ceccarelli en 2010, qui l’emmène en studio pour enregistrer son premier album en quartet “Brother Stoon”.
Nominé aux Victoires du jazz en 2013 grâce à ce premier album, Baptiste Herbin, qui joue aujourd’hui avec les plus grands (Aldo Romano, Glenn Ferris, Alain Jean-Marie, Kenny Garrett, Archie Shepp…), a sorti en 2015 un deuxième disque en quintet, “Interférences”.
C’est en compagnie des membres du quartet du pianiste Frédéric Perreard, qu’il nous fait le grand plaisir de venir jouer aux “Samedis”… Avec Baptiste Herbin, saxophone ; Arthur Alard, batterie ; Frédéric Pérreard, piano ; Samuel F’hima, contrebasse.

Samedi 13 février 2016 : Trio Ocara (Bourges)
Samedi 12 mars 2016 : Poirier-Freiman Quintet (Gien / Paris )
Samedi 9 avril 2016 : The Maze (Quintet / Tours)
Samedi 14 mai 2016 : Camille Poupat Quartet (Chartres / Paris)