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Docteur Leny, Mister Saitham, par Christophe Esnault

A midi et demie, un duo 100 % orléanais prend place dans le hall du Théâtre pour le quatrième concert du tremplin “Jazz or jazz”. Docteur Leny et Mister Saitham invitent dans leur univers les quelque 200 personnes présentes. Un parti-pris de sobriété pour une musique très poétique, fruit de l’exceptionnelle fusion entre deux artistes jusqu’alors passés sous nos radars. Ils n’ont pas gagné le tremplin mais nous les reverrons, foi d’ô jazz !
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Tremplin “Jazz or jazz”, et le vainqueur est… le Gauthier Toux Trio !

Quatre formations régionales concouraient pour le Tremplin “Jazz or jazz”. Vous avez ainsi pu entendre en concert chaque midi dans le hall du Théâtre, le Gauthier Toux Trio (Chartres), Les Pompiers (quintet, Tours), Steak (trio, Tours) et Docteur Leny, Mister Saitham (duo, Orléans).
Ils ont été départagés par un jury de professionnels avec Pascal Anquetil, journaliste à Jazz Magazine et membre de l’Académie du Jazz ; Jean-Jacques Ruhlmann, compositeur, saxophoniste et chef d’orchestre ; Stéphane Kochoyan, directeur de “Jazz des Cinq continents”, à Marseille ; Jean-Claude Rochat, directeur artistique de Chorus et membre de la Fondation Promojazz à Lausanne.
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Le jury, en pleine écoute (photo Patrice Delatouche)

Soulignant le niveau très élevé de la compétition, le jury après débat a retenu le Gauthier Toux Trio, “pour sa dimension esthétique actuelle, son projet artistique, son écriture et son incontestable professionnalisme, pleins de promesses…”
Le groupe chartrain sera notamment programmé lors de “Jazz à l’Evêché” (Orléans, juin 2016) et au Sunset-Sunside à Paris. Il est sélectionné pour la finale du tremplin national “RéZZo Focal/Jazz à Vienne”, partenaire (concert en 2017).
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Gauthier Toux par Christophe Esnault

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Carton plein, à 20 heures, pour le Lady Quartet de Rhoda Scott (ci-dessus, photos Christophe Esnault) puis le chant de Lisa Simone (ci-dessous, photos Patrice Delatouche et Christophe Esnault). 800 personnes salle Touchard, qui font un triomphe au deux femmes et à leurs formations. C’est samedi soir, on est heureux !
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Hier, on avait visité le désert avec Eve Risser. Aujourd’hui salle Barrault, Kankū nous a fait traverser l’espace. Le trio d’Alexandra Grimal proposait la création de cette pièce écrite par la saxophoniste en résidence à la Scène Nationale. Ca commence tout doucement en nous mettant en orbite, la batterie d’Éric Échampard trouve sa place dans un soutien constant et une précision sidérante. Sylvain Daniel rentre dans le jeu à la basse très trafiquée par des machines commandées au pied. Et Alexandra chante comme un petite fille une musique des sphères, puis s’empare du saxo et passe à une autre dimension.
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Alexandra Grimal, par C. Esnault

Des développements très free sur une rythmique solide nous emmènent assez loin dans le propos. La précision du groupe, extraordinaire, empêche que l’on se perde. “Je pense à Sylvain et Éric comme deux solistes, et j’entends un contrepoint collectif constant à trois : une entité-groupe en constante mutation”, nous disait Alexandra dans une interview. On comprend la justesse de son propos.
Le morceau prend le temps de fouiller les coins et recoins de ce qu’il installe. La voix revient, une voix désormais mature et ferme, puis le saxo reprend ; la batterie s’éteint puis se rallume, la basse invente des sons insensés et des boucles lancinantes. Tout cela dans une cohérence qui fait la justesse de cette musique. “Je vois un trio très puissant, qui réagit au quart de tour par paliers successifs d’intensité” ajoutait la saxophoniste. C’est ce qu’on a entendu. La puissance de trois musiciens exceptionnels qui nous entraînent dans leur monde, qui est peut être loin du nôtre. Mais c’est tout l’intérêt d’une traversée : le parcours.

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L’ONJ par P. Delatouche

Et puis l’Orchestre National de Jazz a investi la scène de la salle Barrault. Sous la houlette d’Olivier Benoit, le leader guitariste et compositeur, les onze musiciens ont joué leur programme “Europa Berlin”. Là encore, ils sont tous exceptionnels. Outre les trois de “Kankū”, Fidel Fourneyron au trombone, Fabrice Martinez à la trompette, Hugues Mayot au saxo et Jean Dousteyssier aux clarinettes forment un groupe de soufflants digne d’un big band. Théo Ceccaldi au violon, Sophie Agnel au piano et Paul Brousseau au synthétiseur apportent leur touche mélodique.

Les morceaux se succèdent. Le groupe rythmique installe les bases sur lesquelles les soufflants, tous ensembles ou séparément, développent les thèmes. Moments magiques où tous sur la même note s’assemblent avant l’envol. Là encore une grande cohérence, pas seulement entre les musiciens, mais dans les morceaux eux-mêmes. De grands moments collectifs, puissants et enthousiasmants, des soli époustouflants, des moments de recherche.

Assez peu de pauses dans l’intensité sonore. La batterie d’Éric Échampard prenait peut être trop d’espace, mais cette musique sonne vraiment avec un ton reconnaissable. Quel plaisir dans les phrases collectives, dans les dialogues violon-trombone ou les alliances avec la basse. Et les échanges, les divergences qui se développent et soudain se retrouvent avec une justesse inouïe sur la même note. Et le solo de la trompette, et celui du saxo…
L’ONJ a encore deux opus à nous livrer, Rome et Oslo. On les attend avec impatience !

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Luis Lopez (photo C. Esnault)

Après, en “after” à Vitez, c’est Luis Lopez. A genoux sur la scène, en marcel et tatoué jusqu’aux cheveux, le Portugais dissèque une guitare dont les pièces éparses, étalées devant lui, hurlent la douleur de cette opération sans anesthésie. Ca stride, ça couine, ça hurle, ça transperce les murs de la salle, renvoyant au jardin d’enfants le Hendrix de “Star-Spangled Banner” (Woodstock 1969). Les bouchons d’oreille profondément calés dans les oreilles, on observe incrédule cet Hiroshima musical, point presque final d’une journée décidément très riche en contrastes sonores.

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Allez on danse ! (P. Delatouche)

Dehors (enfin, dans le hall du Théâtre), c’est balloche depuis 23 heures ! Avec un combo néo-orléanais, des danseurs swing et un public (sorti des salles ou venu pour cela…) qui s’est mis à danser de bon cœur. Ils sont là, plusieurs centaines, dans ce temple de la culture, réconciliant les genres, les générations et les origines, et rappelant sans le savoir, sans le vouloir, que dans “festival” il y à “fête”. L’idée était gonflée. Réussite totale ! BC/JLD

D’autres images du samedi 16
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Quatre clichés noir et blanc signés Marie Line-Bonneau
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ONJ, le batteur de Lisa Simone, par Christophe Esnault
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Le samedi soir après l’turbin, on danse ! (PD)

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“Jazz or jazz”, dimanche 17 avril, le programme du jour

– 16 h, salle Barrault : Le Querrec-Portal-Sclavis-Texier-Marguet, “Lœil de l’éléphant”
– 17 h 30, salle Touchard : Kenny Garrett, “Pushing the world away”
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– 19 h, salle Vitez : Kaja Draksler (pianos solo), en “after”
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Et toujours trois expos…

“Quand j’entends le mot jazz, je sors… mes pinceaux !”
Expo organisée par ô jazz ! Et les Artsites Orléanais. Galerie du Théâtre d’Orléans.

“Artistes”
Trente-et-une photos signées Louis Sclavis. Galerie du Théâtre d’Orléans.

“Carrément Jazz”
Portraits de musiciens, signés Christophe Esnault. Salle Le Kid du Théâtre d’Orléans.

Salle Touchard 35€, salle Barrault 20€, salle Vitez 10€
Tarif pass (4 concerts minimum) : Touchard 20€, Barrault 17€, Vitez 5€
Tarif réduit : Touchard 25€, Barrault 16€, Vitez 5€

jazzorjazz.fr