Il a créé “United Colors of Méditerranée”, dont le premier album, produit par ô jazz ! sera enregistré dans quelques jours. Mais quel est le parcours de ce violoniste atypique, professeur de conservatoire et violon solo de l’orchestre du Conservatoire d’Orléans ? Guillaume a bien voulu répondre à nos questions, avec simplicité, sans beaucoup de sollicitation.
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Guillaume Dettmar (photo Marie-Line Bonneau)

Tu es ?
Je suis spécialisé dans la musique improvisée et traditionnelle de l’Europe de l’est et orientale. En fait, depuis mon enfance, j’ai été bercé dans ces cultures-là par mes liens familiaux, par mon père qui vient de l’Europe de l’Est et ma mère, espagnole d’Alger.

Ca fait très longtemps que je fais de la musique improvisée et traditionnelle. J’ai sorti deux disques, le premier en 2005, “Manguina”, un voyage de l’Europe de l’est à la Méditerranée, ou je chantais en hébreu, en judo-espagnol, en arabe et en yiddish, C’était pour moi une sorte de retour à ces sources-là. Un grand brassage de toutes les cultures qui constituaient ma famille. Le groupe a duré une quinzaine d’années. Ensuite, j’ai sorti un autre album. Avec l’aide de mon père. Il a écrit des textes en yiddish, des textes gais, de la chanson yiddish d’aujourd’hui. J’ai écrit la musique pour ces textes. C’est un legs que je voulais laisser à mes enfants et à toute ma famille. D’ailleurs tout le monde a participé, et c’est un projet qui existe encore, le “Paris Klezmer Band”.

Et United Colors of Méditerranée ?
Je me demandais ce que je pouvais faire dans ce monde qui va si mal, surtout entre les Israéliens et et les Palestiniens. Un jour, il y a deux ans, il y a eu quelque chose d’horrible, des règlements de compte, des attentats avec beaucoup de morts. Comment réagir à cela avec ma musique, ma pauvre musique… J’ai écrit des thèmes, pas des chansons, juste des thèmes avec des titres évocateurs, comme “Silence après l’explosion”, “Vu du ciel”, des titres qui peuvent amener à réflexion. Je les ai composés à l’oud, c’était pendant l’été 2015. Je me suis dit, pour trouver la fibre orientale, le oud est mieux que le violon, alors j’ai écrit une douzaine de thèmes.

A la rentrée, j’ai rencontré Jean-Jacques Taïb. Il m’a invité au club XV dans l’un de ses projets, avec les trois autres musiciens, dans un projet qui s’appelait “Jazz and klezmer”. Ca c’est super bien passé, alors je leur ai parlé des thèmes que j’avais écrits, de la musique moderne inspirée par la musique algéroise, en leur expliquant que c’était ça qui m’attirait. Ca leur a plu, il m’ont fait confiance, ils ont aimé. L’aventure UCM était partie, avec notamment à Orléans deux concerts avec ô jazz !, d’abord aux Samedis du jazz en 2016 puis à Jazz à l’Evêché en 2017.

Mais le violon, dans ta vie ?
J’ai commencé par le piano, mais j’ai très vite changé pour le violon. J’ai toujours été très sensible à la voix, j’ai beaucoup chanté, et le violon est arrivé dans la foulée, assez vite. J’ai fait des études classiques très poussées, mais j’ai toujours pratiqué de la musique traditionnelle dans les fêtes de famille, les mariages. On me mettait sur la table avec mon oncle à la guitare et je jouais les mélodies orientales. J’ai appris tout cela à l’oreille. Les modes, je ne les connais pas vraiment, je ne peux pas les expliquer, mais je sais que c’est tel ou tel maquam, je sais que là, je vais utiliser ça ou ça, etc. J’aime beaucoup la musique algéroise, les chants, le oud. J’ai eu la chance de jouer avec des grands joueurs de oud, Marcel Halife par exemple, ou Tallal, un Marocain.

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Comment allies-tu musique classique et andalouse ?
Le classique, ça forme, ça ouvre toutes les portes, mais on est coincé au niveau de l’improvisation, de la créativité.. On peut être excellent interprète, mais pas créateur. Et moi, je voulais faire de la création. Je me suis ouvert à ça et je trouve que c’est très complémentaire. Le classique m’a formé l’oreille. Après, la musique klezmer, la musique roumaine, la musique algéroise, ce sont des langages différents. Partout, ce sont des langages différents. Qu’il faut apprendre, comme apprendre plusieurs langues. Mais il y a un alphabet commun. Ce qui importe, c’est surtout le son qu’on veut avoir, et le bon goût. Mes thèmes sont des prétextes, mais il y a des cohérences. Certains vont “reconnaître” de la musique de là-bas, mais non, c’est moi qui l’ai créée. Je me suis inspiré de ça. On croirait que c’est du folklore, mais non. Aujourd’hui, j’ai envie d’ouvrir encore plus, de quitter l’Orient et l’Europe de l’est…

Du jazz ?
Oui. C’est le langage qui permet le plus de rencontres, le plus de rassemblements, le plus d’ouverture. La musique traditionnelle est assez fermée, finalement. C’est important de tout croiser.

Pourquoi Orléans, comment es-tu arrivé ici ?
Je suis né à Montpellier, et puis je suis venu faire des études à Paris, en classique, à fond… Un boulot énorme. Je me suis mangé tout le répertoire classique entre 12 et 21-22 ans. Un truc de fou. Et je suis arrivé à Orléans en 2000. C’est Jean-Marc Cochereau qui m’a nommé là, au conservatoire et à l’orchestre, comme violon solo. Ca fait 17 ans…

L’enseignement ?
C’est plus pour rassurer mes parents… Je suis passionné par l’enseignement, mais ça prend énormément de temps ; et quand on veut se mettre dans un projet artistique à côté, c’est très difficile, même si c’est plus confortable.
Sans ça, je me serais mis peut être plus dans le jazz, plus tôt. J’aime beaucoup le jazz contemporain, de la musique libre. J’aimerais bien créer un univers, plus que jouer des reprises, chercher une sonorité, trouver une personnalité musicale. Interview BC

Le premier album d’UCM, produit par ô jazz !
sortira lors du Festival Jazz or jazz au Théâtre d’Orléans
(concert le 26 avril). Pour souscrire, il suffit de cliquer ci-dessous.