Un tout petit livre, qui annonce tout de suite la couleur : “Totalement subjectif, sincère et ressenti…” C’est vrai, et c’est une immense plaisir. Donc un grand livre !
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Didier Pourquery est un journaliste au long pedigree. Economiste de formation, il a collaboré à Libé, au Monde, à Métro et à des titres encore plus sérieux, du genre La tribune et l’Expansion. Fou de jazz depuis son enfance, il fait partager cette passion avec tout son talent de  “vulgarisateur”. Ce “Petit éloge du jazz” ne parle pas d’économie. Après une intro qui raconte sa vie avec le jazz en quelques paragraphes, il expose le thème en citant Duke Ellington : “ Le jazz est un arbre dont les nombreuses branches poussent dans toutes les directions… Il peut être très mathématique et très romantique. Mais toujours il y a le beat.”

Didier Pourquery va raconter le jazz de ses origines, le blues le plus “roots”, le plus rural, celui du Mississippi de John Hurt, par exemple, jusqu’à ses toutes récentes manifestations. Une narration incisive, poétique et magnifiquement efficace.

LA SUITE :

“Il y a dans le blues … ces work songs qui rythment le travail et répètent le même air, les mêmes accords, comme se répètent les rangs de coton, ou de tabac ou d’autres choses bien difficiles à travailler quand on a les mains qui saignent au début, puis qui se durcissent de cals. Le miracle, c’est que ces mêmes mains, le soir, vont gratter la guitare. Skip James chantant Crow Jane en faisant glisser ses doigts sur le manche puis enchaînant avec un picking des cordes métalliques, nous raconte cela.” Tout le livre est de la même veine.

Une série de soli prennent un à un les principaux instruments du jazz et explorent les styles de leurs plus importants représentants. Armstrong, Ella, Dexter Gordon, Miles et Mingus, Coltrane et Coleman, Monk, Eric Dolphy, ils sont tous présents dans ces pages par des anecdotes significatives. Mais le plus précieux, c’est lorsque Pourquery nous parle de ses émotions à propos de musiciens peu ou pas connus, Joe Sample, Emily Remler la guitariste ou Jun Miyake. Et beaucoup d’autres. On a bien sûr envie de les écouter tout en lisant. Et c’est faisable. L’auteur donne les références de tous les morceaux dont il parle.

En cent pages et pour deux euros, on est comblé, on a eu envie d’écouter, on a partagé, on a eu envie d’applaudir à la fin de chaque chapitre. Et on veut encore plus de beat. What else ? BC