Il a fait un passage assez rapide comme professeur au conservatoire d’Orléans, mais suffisamment pour prendre contact avec ô jazz !. On l’a rencontré pour mieux connaître ce contrebassiste mystérieux, très doué et très ouvert, avant qu’il joue au prochain “Samedi du Jazz”, le 2 mars.
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C’est l’histoire d’un petit gars surdoué, fils de médecins d’Oyonnax. Un peu introverti, il s’intéresse à tout, à la science, au sport. « J’ai pratiqué énormément le ski de fond, jusqu’à faire une section sport-études ! » Son père cherche un jour à se mettre à la musique, au bandonéon. Une idée, comme ça. « Mais il n’a trouvé qu’un prof d’accordéon. Très vite, il a fait des bals folk, et m’y a emmené. »

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A 10 ans passés, Rémy découvre alors la puissance de la musique, la communion du public, les danses qui forment du collectif. Il s’empare de l’accordéon diatonique. « A l’oreille, je jouais, je composais des polkas, des mazurkas. » Très vite, il joue à la place de son père. Repéré, les autres musiciens lui conseillent d’apprendre la théorie. Il va donc à l’Ecole Nationale de musique d’Oyonnax. L’accordéon chromatique ne lui convient pas. « Trop lourd, trop envahissant, trop dur à manier. » Il cherche un autre instrument. Ce sera le violon.

Obligé d’abandonner la section sport-études à cause d’une blessure à la jambe, il se donne à fond à sa nouvelle passion. Solfège, analyse musicale, qui le poussent à composer. En quatre ans, il finit le conservatoire alors qu’il passe son bac. Et veut devenir ingénieur. Il continue les études de violon à l’ENM de Villeurbanne et commence la contrebasse au Conservatoire de Lyon.
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© Geoffrey Silver, Acis Productions Ltd

Des écoles très rigoureuses

« Les règles étaient très strictes, la limite d’âge pour le diplôme de violon est de 21 ans. Comme je ne voulais pas abandonner mes autres activités, j’ai cherché un instrument qui me laissait plus de temps devant moi. » L’alto ne lui convient pas. Il découvre la contrebasse. Un challenge physique se présente à lui. Il a du mal avec cet énorme instrument, « un manche demandant de grands déplacements de main, et cette caisse énorme ! » Challenge qu’il veut relever.

Années de découverte de plein d’autres instruments, de perfectionnement en harmonie, en composition. Il présente le conservatoire de Paris, est reçu. Mais ce milieu du conservatoire, à Lyon comme à Paris, est extrêmement formaté. Difficile pour lui qui cherche tout le temps, qui veut s’ouvrir à toute les musiques. En deuxième année, il choisit la direction d’orchestre. Et parallèlement, monte deux groupes, un quintet de cordes classique, Monsolo, et un trio klezmer, Klezele. Ses grands parents, originaires des pays de l’Est mais de familles juives séfarades espagnols arrivés là avec les Ladinos, l’avaient sensibilisé à cette musique. Ils font beaucoup de concerts dans le monde entier.

New York, la grande ouverture

Rémy sort premier prix de contrebasse de Paris, et se lance pour deux ans dans le CA, le diplôme d’enseignement.
Deux rencontres décisives le font changer de continent. « Une affaire de cœur avec une new-yorkaise, et la rencontre là-bas de Giora Feidman, un clarinettiste maître de klezmer, qui me repère et m’invite à jouer avec lui en Israël. » Et tout cela le mène, avec beaucoup d’étapes, à un concours de jeunes solistes à Juilliard, la célébrissime école de New York, dans le prestigieux programme « Artist Diploma in Performance ». Il le loupe une fois, mais pas deux. Le voilà donc pour deux ans à New York. « Là encore, l’école me cantonne dans la contrebasse classique, sans aucun écart, aucune ouverture. » Rémy n’est pas du genre à se laisser enfermer. Il traîne, rencontre. Ron Carter, par exemple, Krakauer, les musiciens de John Zorn. Période riche !
Et en plus, une naissance s’annonce. Il décide de rentrer en France, pour l’enfant. Et trouve un poste vacant au conservatoire d’Orléans. Mais habitant Paris, il cherche assez vite un poste sur place, qu’il trouve bientôt, dans le 5e arrondissement.

« A New York, je cherchais à monter un duo, mais pas avec un piano, qui écrase toujours la contrebasse. Je voulais un jeu égal. » Il a eu l’idée d’une guitare, a rencontré Nadav Lev par des amis communs. Tout deux ont joué du classique, des improvisations, du jazz, du folk. Ils se sont entendus et ont mis au point plusieurs programmes, dont « Terres Natales », qu’ils vont nous présenter ce samedi 2 mars.

Cette version très courte de la vie, pourtant courte elle aussi, de Rémy laisse de côté un nombre considérable de projets, de prix, de récompenses qu’il a reçues. Sa bio sur son site yulzari.com est plus complète, mais en anglais. On y apprend cependant toutes les activités qu’il a menées, et ses rapports avec d’autres arts, le cinéma par exemple.

Gageons que Rémy ne va pas en rester là et qu’on entendra parler de lui, en jazz comme en classique. Mais surtout, commençons par écouter sa musique ce 2 mars. BC

Concert le samedi 2 mars à 15 heures au Théâtre d’Orléans dans le cadre des Samedis du Jazz (gratuit)