Des chroniques imaginaires avec Mélusine, du rythme de l’Afrique de l’est avec l’Ethiopien Mulatu Astatke et du rythme de machines orchestré par l’un des inventeurs de la techno, la troisième soirée de Jazz or jazz battait la mesure de la diversité pour des voyages d’ambiances diverses.
armstrong

A l’heure de l’apéro du midi, devant une cinquantaine de personnes, c’est Pierre-Henri Ardonceau qui ouvre la journée avec une conférence dédiée à Satchmo, l’ineffable et incontournable Louis Armstrong, enfant de la Nouvelle-Orléans et père fondateur du jazz. Avec la bonhommie qu’on lui connaît, le conférencier retrace, à l’aube du siècle dernier, le parcours cabossé du fils d’une prostituée des quartiers pauvres de Nola, opportunément placé dans une maison d’éducation où il apprendra la musique. C’est vivant, ponctué d’extraits de films et autres captations sonores et l’on resté ébahi, une fois de plus, par le génie du chanteur-trompettiste et “entertainer” incomparable que fut Armstong, star international du jazz dont le timbre de voix, les éclats de trompette et le rire tonitruant parlent encore aux oreilles et au cœur de toutes les générations.

mecc81lusine-pd
Photo Patrice Delatouche

A l’heure de l’apéro du soir, sur le plateau magnifiquement décoré de la salle Vitez, l’ensemble Mélusine, lauréat du dispositif Jazz Migration, nous a fait partir dans un voyage très participatif. Une suite de près de trois quarts d’heure propose des ambiances, des images, des séquences qui invitent à se raconter une histoire, ou plutôt des “Chroniques”, comme ils l’ont appelée.

LIRE LA SUITE DE CET ARTICLE EN CLIQUANT CI-CONTRE :

Composée par Christophe Girard, l’accordéoniste du groupe, la musique alterne des moments très calmes, presque trop, et de magnifiques montées de tension. L’euphonium d’Anthony Caillet navigue entre lyrisme et free, la batterie de Stan Delannoy roule joyeusement pour entraîner le train dans la plaine, la guitare électrique de William Rollin au son un peu brut sait chuchoter à l’oreille et la contrebasse de Simon Tailleu (qu’on avait déjà entendu hier) donne de la profondeur de champ au paysage. Déjà presque mature, le groupe a vraiment un son, un style, une identité. Là encore, à suivre…

mulatu
Photo Patrice Delatouche

Le grand concert du soir a été lancé par Mulatu Astatke, un percussionniste éthiopien d’origine mais largement baigné de culture occidentale. A Londres, New York et Boston, ou il a étudié et séjourné longtemps, il a acquis les outils pour mélanger à sa musique d’origine beaucoup de jazz. Après une carrière très riche, il a monté son groupe qui propose ces “Sketches of Ethiopia”. Une section rythmique bien fournie, un violoncelle, un piano et deux soufflants absolument remarquables, Byron Wallen à la trompette et James Arben au saxo et à la flûte. Ce groupe de huit musiciens nous a emmenés dans un magnifique voyage de jazz est-africain, très rythmé bien sûr mais aussi plein d’envolées mélodiques impressionnantes. Mulatu, passant d’un instrument à l’autre, dirige ses musiciens sans faille. Une très belle session que le public a ovationné jusqu’à un bis toujours difficile en festival, quand le suivant attend la place.

mills-allen-ce-7
Photo Christophe Esnault

Les suivants, c’étaient Tony Allen à la batterie, Jeff Mills aux machines et Jean-Phi Day aux claviers. Ils ont installé leur rythmique implacable. Allen, Angolais d’origine, a été le batteur de Fela Kuti. Mais ici, c’est un drôle de défi qu’il se lance, rivaliser contre des machines de rythme, modulées toutefois à la main, mais machines quand même. Il y arrive si bien qu’on peine à faire la différence ! Jeff Mills a beau varier ses sons, le rythme reste quand même beaucoup le même. On attend un apport mélodique des claviers qui ne vient pas. C’est envoûant, mais assez vite un peu fatigant.

Ne faisant pas partie des aficionados pourtant nombreux dans la salle, on a laissé là cette disco-techno répétitive pour se réserver pour la journée de demain, qui promet du jazz pur jus, et en plus français ! JLD/BC

……………………………………………………

L’ALBUM PHOTO DE CHRISTOPHE ESNAULT
D’autres images à retrouver sur son “Jazzbook”
mecc81lusine-1mecc81lusine-2-ce0-2byron-5mulatu-ce0-9allen-ce

Et demain (à partir de 15 heures), c’est Tremplin jazz, avec ô jazz ! Quant à la suite du programme de Jazz or jazz (jusqu’au 13 avril au Théâtre d’Orléans) c’est sur www.jazzorjazz.fr / Réservations 02 38 62 75 30