Beaucoup d’énergie ce vendredi soir à Jazz or jazz. “Three days of forest”d’abord, lauréat de Jazz Migration. Thomas de Pourquery ensuite, et son groupe Supersonic gonflé à bloc. Et profondeur ensuite avec Eric Truffaz qui rejoue, avec le chanteur Nya, son cd sorti il y a vingt ans chez Blue Note, “Bending New Corners”… Mais était-ce bien nécessaire ? Une ombre à la soirée : les salles étaient loin d’être pleines !
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P-H Ardonceau évoque le jazz et la danse au Bar du Théâtre (photo JLD)

On commence à midi et quelques avec l’ineffable Pierre-Henri Ardonceau, pour une heure de conférence dédiée au jazz et à la danse. Ou comment le swing, à partir de 1930, va faire évoluer le charleston, danse encore très codifiée et saccadée, vers le lindy hop, beaucoup plus libre, acrobatique et imaginatif, tandis que la tap dance (danse à claquettes) s’impose dans les clubs et au cinéma. Seulement une trentaine de personnes pour ce moment passionnant, ce qui est peu. Les absents ont toujours tort ! Ce midi (samedi) on parlera Jazz et dessin animé. C’est gratuit, c’est au bar du Théâtre, ça vaut le détour !

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Photo Patrice Delatouche

A 18 heures, le concert Jazz Migration de ce vendredi (Three days of forest) faisait monter sur la scène de la salle Vitez des musiciens bien connus à Orléans. Florian Satche le batteur et Angela Flahault, la chanteuse, font tout deux partie du Tricollectif. Séverine Morfin au violon alto complétait ce trio hors norme qui propose des sortes de lieder modernes, des poésies de deux écrivaines américaines.

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Lieder ou protest song, comme on veut ; il y a de l’amour et de la rage. L’ambiance surtout élaborée par la batterie fait penser à cet underground allemand à la fois très rigoureux mais complètement décalé. Angela chante soit très “classiquement” en suivant une mélodie écrite, soit s’exprime crûment, violemment, avec vigueur et rejoint la batterie de Florian qui accélère et monte en intensité. Séverine à l’archet ou au doigt humanise ces instants. Un travail intéressant, cohérent, totalement original et très réussi.

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Photo Patrice Delatouche

Et à 20 h, Thomas de Pourquery et son Supersonic sont venus jouer leur album “Sons of love”. On se demande un peu où on est tombé, et ce qu’il fabrique, ce gars déguisé en carnaval mexicain en bas et en sdf en haut. Et puis son batteur Edward Perraud entre en action, la trompette de Fabrice Martinez s’en mèle, la basse de Frederick Galiay s’énerve, les synthés d’Arnaud Roulin nous font entrer dans l’espace et le saxo de Laurent Bardainne répond à celui de Thomas. Alors, pendant une heure, on navigue dans une énergie sidérante. Les trois soufflants se muent en grands dadais chantant en ligne en faisant des gestes d’une autre planète, et tout se combine avec humour, distance et poésie. Et musique, de la musique pure et joyeuse, pleine, ou plutôt débordante. Ils donnent, tous les six, ils s’amusent, ils s’entraînent, ils planent haut dans le ciel qu’ils ont créé et le public en redemande… Mais on les reverra, c’est sûr, ces fils de l’amour. Parce qu’au delà du plaisir, le travail est si bien fait qu’il les poussera très loin et très longtemps.

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Photo Patrice Delatouche

Le génial trompettiste Eric Truffaz, qui suit sur la scène de Touchard vers 22 h, possède un autre “talent”, hélas partagé : celui de ne pas toujours savoir s’entourer… On se rappelle son catastrophique concert au Campo Santo en 2010 aux côtés du chanteur Christophe, perdu et poussif. Rebelote ce soir avec le “rappeur” Nya, qui n’est malheureusement ni rappeur, encore moins chanteur et pas du tout danseur ! Sans compter un batteur qui bourrine, une basse qui annone et un clavier qui… clavière, honorablement certes, mais ça ne saurait suffire. Seul à tirer son épingle du jeu, Eric Truffaz himself, aérien, juste, poétique et inspiré, bel oiseau égaré qui plane tant bien que mal au-dessus du marigot.

Ayons l’honnêteté de dire que ce sentiment de gâchis n’est pas unanime chez les chroniqueurs d’ô jazz ! L’autre “plume” (BC) a en effet été séduite par la longueur de son de Truffaz, ses ondulations, l’ambiance feutrée qu’il sait installer, la profondeur de son propos et même l’excellence du claviériste et le savoir-faire du bassiste ! Bon, si on était tous d’accord, ce serait suspect. So long folks ! JLD/BC

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L’ALBUM PHOTO DE CHRISTOPHE ESNAULT
D’autres images à retrouver sur son “Jazzbook”
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Demain 14 avril, c’est fini ! Mais le programme de ce samedi 13 avril (avec pour commencer une conférence sur le “Jazz et le dessin animé”, à 12 h 30, suivie du tremplin régional Jazz or jazz, de 15 h à 17 h dans le hall du Théâtre) c’est sur www.jazzorjazz.fr / Réservations 02 38 62 75 30