Samedi 13 avril. D’abord le Tremplin Jazz or jazz. Le Kaplaa Quintet (Tours), avec une femme en leader, remporte la mise. Une étrange recherche ethno-musicale à Jazz Migration. Une reconstitution de big band d’époque en acoustique. Une grande séquence africaine puis un bal swing. Journée de clôture bien remplie pour cette quatrième édition de Jazz or jazz.
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Photo Patrice Delatouche

Le temps que le tremplin Jazz or jazz (organisé par ô jazz ! et la Scène nationale) se mette en place, Pierre Henri Ardonceau avait déjà fini sa conférence dédiée au Jazz dans le dessin animé. Désolé, mais on n’a pas pu l’écouter. Désolé aussi que si peu de personnes (une trentaine en moyenne) aient assisté à ce cycle de conférences érudites et souriantes. Merci Pierre-Henri !
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Les Tourangeaux de Kaplaa, lauréats du tremplin 2019, avec Léa Ciechelski (flûte traversière et chant), Martin Declerq (trompette et bugle), Jean-Jacques Goichon, (contrebasse), Alix Beucher (guitare électrique), Florentin Hay (batterie). Photo Patrice Delatouche

Le tremplin régional, pour sa part, met en lice trois groupes dont au moins un des membres est régional, et qui propose un répertoire original. Un pré-jury les avait sélectionnés parmi une dizaine de candidatures reçues. Et un jury, réuni par ô’jazz !, devait choisir le vainqueur aujourd’hui.

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Le jury du tremplin : Stéphane Kochoyan, directeur artistique du festival, Françoise Dupas, directrice du Petit Faucheux à Tours, Pierre Henri Ardonceau, conférencier, Jean-Jacques Taïb, musicien orléanais bien connu, et Pascal Anquetil, plume à Jazz Mag’ (photo Patrice Delatouche)

Le niveau cette année était particulièrement bien tenu. Le New Wave Quartet, du pianiste Martin Joey Dine, a ouvert les épreuves. Brillant, Martin, un peu trop personnel avec un morceau en solo, mais un groupe d’une très bonne tenue ! Face à phase, le quintet de Noémy Lhomme, est passé en second. ô jazz ! l’avait programmé aux “Samedis du Jazz” de décembre dernier. Toujours aussi intéressant. Et en dernier, le quintet Kaplaa a proposé son travail centré sur la leader Léa Ciechelski , qui joue de la flûte et chante.

Le jury a eu du mal à se départager, mais c’est ce dernier quintet tout droit issu de l’école “Jazz à Tours” qui a remporté la mise. Bravo donc au Kaplaa Quintet, cinq jeunes gens qu’on retrouvera à Orléans le mercredi 19 juin sur la grande scène de Jazz à l’Evêché à 19 heures… en attentant le Sunset à Paris, le Petit Faucheux et la scène de Jazz à Vienne !

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Photo Patrice Delatouche

Le concert Jazz Migration du jour a commencé dans la foulée. No tongues, un étrange groupe de quatre musiciens nantais qui se sont intéressés à l’ethno-musique, à tous ces documents sonores ramenés des quatre coins du monde, dont certains ont été publiés il y a une vingtaine d’années. Un paysan vendéen, des combats vocaux de femmes Inuits, par exemple, leur inspirent de la musique nouvelle. Deux contrebasses, une trompette et une clarinette basse/saxo, formation pour le moins étonnante, transcrivent dans leur langage musical ces données enregistrées parfois il y a près d’un siècle. C’est captivant et souvent magnifique, comme toute cette dernière partie centrée sur des rites mortuaires.

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Photo Patrice Delatouche

A 20 h, une autre mémoire s’est mise en place dans la salle Touchard pleine à craquer. Le Umlaut big-band, quatorze musiciens branchés swing qui ont “reconstitué” un big band d’époque, disons années vingt-trente. A partir d’un répertoire qu’ils ont travaillé en musicologues, il nous proposent un concert à l’ancienne, entièrement acoustique, puisque l’amplification n’est venue que plus tard. Et ça fonctionne formidablement bien. Ils sont obligés de bien équilibrer la puissance de leur jeu, prennent des soli à tour de rôle, se répondent. La batterie a cette sonorité vieillotte et adorable des cymbales arrêtées au touché, la contrebasse résonne parfaitement bien même sans ampli, tout comme le banjo. Et les soufflants envoient généreusement leurs chorus. Les quatorze pupitres sont d’une qualité remarquable. Le Umlaut Big Band doit être très proche des clubs américains d’alors, et c’est passionnant d’écouter ce répertoire qui petit à petit a mené la musique vers le jazz moderne.

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Photo Patrice Delatouche

Changement d’ambiance pour Salif Keita. Changement de nombre de décibels, surtout. Le concert était vraiment poussé au maximum… Le musicien malien, entouré de son équipe à forte dominante rythmique, a déroulé ses chansons sans surprendre. Il nous parle d’amour en bambara et parfois en mandingue, et un peu de politique de temps à autres. Sa voix est envoûtante, les musiciens autour de lui sont magnifiques, notamment le joueur de kora Mamadou Diabate qui a fait un solo remarquable. Salif Keita n’a plus rien à prouver, et laisse d’ailleurs beaucoup de place à son équipe. Il garde une partie de ses forces pour s’investir dans la défense des albinos, toujours persécutés en Afrique par les croyances ancestrales. Ce grand personnage a conquis le public orléanais.

Et, dès la fin de la séquence africaine, les Umlaut ont entamé le bal dans le hall. Les danseurs ont un peu hésité, puis se sont lancés sans retenue pour clore en swingant cette quatrième édition de Jazz or jazz. Cinq soirées diverses, qui ont éveillé des passions, des discussions de fond sur cette musique finalement toujours indéfinissable qu’est le jazz. BC
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L’ALBUM PHOTO DE CHRISTOPHE ESNAULT
D’autres images à retrouver sur son “Jazzbook”
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L’ALBUM PHOTO DE MARIE-LINE BONNEAU
D’autres images à retrouver sur le site de Mag’Centre. Merci Marie-Line, de cette talentueuse contribution !
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A l’heure du bilan

Cette 4e édition marque un record en terme de fréquentation avec près de 7 500 personnes et une augmentation notable d’un public plus jeune.
20 concerts sur 5 jours / 2 concerts affichés “complet” (Lura / Roberto Fonseca Trio et Thomas de Pourquery / Erik Truffaz Quartet feat. Nya) / 5 moments d’échange grâce à la nouvelle proposition “Saveurs jazz” (conférences) qui a permis au public d’investir le Bar d’Entracte le midi / 2 expositions avec les photographies de Jean-Pierre Leloir et les dessins de Natalia Shilovskikh qui ont eux aussi donné vie aux entractes / 1 nouveau groupe lauréat du Tremplin Jazz organisé avec ô jazz !, Kaplaa (quintet / Indre-et-Loire) /1 Bal Swing pour clôturer le festival en dansant sur les rythmes du Lindy Hop, Jazz Roots et Charleston avec la complicité de l’association Orléanaise Tout Feu Tout Swing.

A la revoyure, les gars-les filles !