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Initiateur du Trio Lavollée/Dubreuil/Larmignat (dont ô jazz ! s’apprête à produire le premier album), chef de projet de la “Caravane de Jazz” (partenariat ô jazz ! / Conseil général du Loiret), le vibraphoniste orléanais Benoît Lavollée* a remporté ce week-end le 1er Prix (catégorie instrumentiste) du prestigieux Concours national de La Défense**.
Il succède ainsi à des musiciens fameux, de Eric Le Lann à Médéric Collignon, en passant par Andy Emler, Baptiste Trotignon ou encore Pierrick Pédron. Bref, la crème du jazz hexagonal, et au-delà…

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Photo Nicolas Larmignat

Lui aussi est tombé dedans tout petit. Mais la marmite n’était pas pleine de potion magique, juste de musique.

Quand il naît à Orléans il y a trente ans, le destin de Benoît Lavollée est déjà tout tracé. “Tu seras musicien, mon fils…” aurait pu lui dire son père, lui-même amateur éclairé dont Benoît se rappelle “les trois ou quatre répétitions par semaine et les dimanches tous occupés à jouer.”

Mais nul besoin d’injonction paternelle. Du plus loin qu’il se souvienne, Benoît a toujours pensé “musique” et ne s’est jamais rêvé autrement que derrière un instrument.

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Musique classique, c’est classique…

La musique dont il est question à la maison est classique, bien sûr. En marge d’études suivies parce qu’il le faut bien (collège puis bac STT au lycée Pothier d’Orléans), Benoît n’a pas tardé à rejoindre le Conservatoire d’Orléans, classe de percussion, dont il obtient un premier prix à 17 ans, l’année de son bac (“Mais je suis né en fin d’année”, précise ce modeste, manière de dire qu’il n’est pas un surdoué).

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Et le jazz dans tout ça ?

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Le Trio Lavollée/Dubreuil/Larmignat – Photo Julia Nivan

Il n’est guère question de jazz lorsque le musicien intègre le Conservatoire de Créteil, antichambre du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris (CNSM) – où il ne mettra finalement jamais les pieds.

“Le jazz, je n’en avais pratiquement jamais entendu parler, et surtout pas en faisant mes études au Conservatoire.” C’est par hasard, et alors qu’une tendinite due à un excès de répétitions en vue, justement, du concours du CNSM, l’oblige à lever le pied, qu’il va faire une rencontre déterminante : Franck Tortiller – qui fut lui-même lauréat de La Défense et sera, dans les années 2000, chef de l’Orchestre National de Jazz.

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Faire autre chose avec un vibraphone

“Grâce à Franck, explique Benoît, je me suis rendu compte qu’on pouvait faire autre chose avec un vibraphone.” Le virus est dans la place, contre lequel il n’existe aucun vaccin.

Ce seront des cours durant trois ans avec Franck Tortiller à Massy-Palaiseau, une inscription à Jazz à Tours (la “filiale” jazz du Conservatoire de la ville), d’où Benoît sort trois ans plus tard avec un (nouveau) DEM (Diplôme d’Etudes Musicales) mais en jazz, cette fois, sans oublier un DE, Diplôme d’Enseignement qui lui permet aujourd’hui d’enseigner dans des écoles de musique telles celles d’Ingré et Ormes, dans le Loiret.

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Photo Jean-François Grossin

Aujourd’hui également compositeur et arrangeur, Benoît Lavollée a gardé de ses rencontres à Tours une présence régulière dans deux formations : Zoot (vainqueur du Tremplin Orléans’Jazz 2007) et Zoult. Il est membre du collectif Paint’Atonik, qui joue régulièrement sous la houlette du chef américain Walter Thompson, créateur du soundpainting (entendus cette année sur Place au Jazz Bourgogne et à l’Atelier).

Avec le Trio Lavollée/Dubreuil/Larmignat, il a également remporté le Tremplin Jazz d’Orléans en 2008. Dernière aventure en date, 4,5G / Richter, un trio vibraphone et percussions / saxophones et flûtes / machines, avec Simon Couratier et JT25, qui a fait un véritable tabac lors du dernier Place au Jazz Bourgogne.

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Un lyrisme revendiqué

Le musicien (et en l’occurrence le compositeur), dont les références “jazz” se situent du côté de Dave Holland (version big-band) et du saxophoniste Chris Potter “car ils accordent une très grande importance au rythme mais toujours avec beaucoup de lyrisme, ce que je tente de faire dans ma musique”, avoue une prédilection pour les grandes formations orchestrales.

Ses premières écoutes et émois jazzistiques se situent ainsi du côté du Vienna Art Orchestra ou des orchestres de Laurent Cugny (disciple de Gil Evans, qui fut notamment chef de l’ONJ dans les années 90).
Son “disque de l’année” (pour l’instant), est d’ailleurs le formidable “Crouch, Touch, Engage” du MégaOctet d’Andy Emler (voir notre rubrique “Dans les bacs”).

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Partir, pour mieux revenir…

Quand il ne fait pas de musique, ce tennisman classé également adepte du kite-surf (une planche tractée par un cerf-volant géant… pardon aux puristes pour la définition) aime bien se mettre aux fourneaux (ah, son bœuf bourguignon…).

Ce beau mec aurait-il donc, en plus d’une inaltérable gentillesse, toutes les qualités ? “J’en ai une au moins, dit-il, c’est d’être curieux, disponible pour toutes sortes d’expériences musicales, et d’avoir envie de me renouveler.” Une qualité qui est aussi, parfois, un défaut : “Je ne sais pas dire non !”
A cet égard, un conseil d’ami, l’ami : laisser tomber l’iPod quelques minutes par jour…

Et demain ? Demain sera un autre jour, avec le projet de premier album du Trio, produit par ô jazz !, avec l’envie aussi d’aller voir ailleurs (Bruxelles, New-York, Barcelone, Berlin… partout où se fait la musique d’aujourd’hui), pour se confronter à d’autres univers musicaux et d’autres musiciens…

“We gotta go and never stop going till we get there.
– Where we going, man ?
– I don’t know but we gotta go.”

“Il faut y aller et ne pas s’arrêter avant d’ y être.
– Et où ça, mon pote ?
– Je ne sais pas, mais faut y aller.”

Jack Kerouac – On the road – 1957

Jean-Louis Derenne, pour ô jazz !

* Site de Benoît Lavollée, ici.
** Palmares complet, ici
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