Après Benoît Lavollée, nouveau portrait d’un membre du Trio Lavollée/Dubreuil/Larmignat dont ô jazz !, faut-il le rappeler, produit actuellement le premier album…

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Vers 1985, Nicolas, alors âgé d’une douzaine d’année, a envie de se défouler en tapant sur des peaux. Il insiste auprès de ses parents, qui l’inscrivent alors à l’école Dante Agostini. « Une très bonne école », tellement bonne qu’il y reste jusqu’à l’âge adulte, et qu’il y reçoit « un énorme bagage technique ».
Et ça n’a pas dû être simple tous les jours, parce que la nature ne l’a pas gâté, côté mains. Mais Nicolas minimise son handicap, passe outre en disant que jamais il ne s’est senti amoindri. Pour la batterie, qui demande une agilité hors du commun, il dit compenser avec le poignet ce qu’il ne peut réaliser avec les doigts absents. Et quand on entend la précision de sa frappe, on soupçonne un travail acharné et une grande maîtrise de toutes les astuces personnelles qu’il a dû inventer.
Un énorme bagage technique, donc, mais à l’époque pas vraiment d’approche réelle de la musique. Cela, il le trouvera plutôt du côté de l’atelier de jazz de la MJC d’Olivet. Tous les concerts du Moulin de la Vapeur, il y est. Et il va pratiquer longuement avec les fondus de jazz qu’il croise dans ce lieu.

Beaucoup de grandes rencontres

Il avait, tout seul, pendant l’adolescence, écouté beaucoup de musique(s). Des chanteurs bien français chez lui, puisque ses parents écoutaient Brel, Ferré, Brassens. Du rock, de la variété et de la pop, comme tous les ados, et puis, au hasard de morceaux entendus, des trouvailles, Weather Report, Magma et d’autres.
La médiathèque de La Source, alors, proposait des emprunts de disques, vinyles encore, mais plus pour longtemps. Il a emprunté tout ce que contenaient les bacs jazz, « par ordre alphabétique », dit-il en souriant. Il découvre le free, Coltrane qu’il reconnaît comme un maître, Coleman qu’il a écouté en concert avec son groupe électro-acoustique Prime Time qui l’émeut toujours autant. Mais aussi des plus classiques.
Et puis vers 20 ans, il s’est investi dans l’aventure Triade, un trio avec Cédric Piromalli au piano et Fender Rodes, et Sébastien Boisseau à la contrebasse. Une très belle aventure, commencée en 1997, trois cd pour l’heure (un premier sorti chez AA en 1998, L’ardu édité par Yolk en 2000 et Entropie sorti chez Minium en 2006), mais qui peut être n’a pas dit son dernier mot. Trois potes qui, désormais à leur pleine maturité, se retrouvent tous trois en plein dans le monde du jazz français.

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Le monde du jazz pro

Et les rencontres ont continué, notamment celle de Denis Badault, alors chef de l’ONJ (91-94), qui est venu faire passer un casting à Orléans. Il aura une grande importance pour Nicolas, qui trouve chez lui « un vrai discours musical. Il analyse très précisément le jeu, questionne sur telle ou telle frappe, pourquoi ici, pourquoi comme ça. C’est plus qu’un conseil. Il arrive à faire sortir de toi des choses que tu ignorais. »
Et puis Stephan Oliva, un grand pianiste, un savant de la musique avec une culture longue comme un clavier qu’il inculque en jouant, en expliquant concrètement comme une conférence de France Musique dispensée en petit comité. Avec lui, il enregistre Itinéraire imaginaire pour le label Sketch, sorti en 2004.
Magnifique expérience, magnifique musique, et pourtant un peu d’amertume au bout du compte. Il n’y a eu que huit concerts avec cette formation, alors que le cd a été couvert de prix, que la critique était excellente et les musiciens partants… La filière des salles n’a pas suivi.
En même temps, il y a eu Bruno Régnier, autre rencontre importante. Deux cd, tous deux chez Yolk, en 2001 et 2003. La musique de Régnier « est difficile à jouer ». D’où le défi. Mais surtout à ses côtés, Nicolas rencontre plein de gens qui passent, des rencontres durables puisque Rockingchair – formé à l’époque – vient juste de sortir un nouvel album (“1:1”, Choc Jazz Magazine en ce mois de décembre). Et c’est avec lui qu’il ouvre véritablement ses horizons. Plus d’une trentaine de concerts par an, ça forge aussi un musicien. Différentes salles, différents publics, toujours remettre sur le métier…

Un p’tit tour à Tours

Les cinq premières années du troisième millénaire, Nicolas les a passées à Tours. Il enseignait dans l’excellente école de jazz associative, en compagnie de son ami Stéphane Decolly. Ils s’étaient rencontrés très jeunes, avaient créé ensemble un quartet, Add et quoi, avec Baptiste Dubreuil et Eric Amrofel. A 20 ans, ils avaient joué au Caveau à Orléans et au Petit Faucheux à Tours. Plein d’avenir, ces quatre là… L’environnement jazzistique tourangeau était nettement plus ouvert, avec ce club qui fonctionne encore et un département de jazz au conservatoire.
Ce qui ne l’a pas empêché d’aller souvent à Paris, lieu obligé pour celui qui veut jouer avec les grands. Et Nicolas ne s’en est pas privé. Des nationaux, des internationaux, entre autres Machado, Médéric Collignon ou même Michel Portal.
Toutes ces expériences et ces rencontres lui ont permis de désacraliser la musique. Il ne cherche plus à entrer dans le monde du jazz, il sait qu’il y est déjà. Grâce à cet acquis qui lui donne un cadre, une grille, il peut chercher les mots qui lui conviennent, les sons qui correspondent à son désir profond.

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Trouver son vocabulaire

Jamais il n’a coupé les ponts avec ses premières connaissances, notamment Baptiste Dubreuil et Benoît Lavollée. Ce trio joue surtout la musique écrite par Baptiste, mais ils aiment tous trois improviser. « On sait faire du jazz. Et ce qu’on a envie, c’est jouer comme on veut. On se fiche un peu du style. On a en commun une culture et une technique, on connait le jazz. On n’a pas envie de jouer des standards comme dans le temps. Ca a déjà été fait, et merveilleusement. On ne veut pas s’enfermer dans des histoires formelles. Le free a fait table rase du passé. Puis les années 90 ont ramené des formes très conventionnelles. Nous, on cherche plutôt à raconter comment on fait un morceau. Une image, puis une autre, puis le lien. Evidemment, tout cela avec les contraintes qui y sont liées. »
On sent chez Nicolas une passion à exprimer ce qu’il cherche, avec une précision aussi nette que sa frappe sur les peaux. Et cette attitude ne concerne pas seulement le trio, mais toute la musique qu’il pratique en ce moment. Même si, forcément, les mots restent plus flous. « Une recherche sur la forme. Je voudrais inventer d’autres chemins, trouver mon propre vocabulaire, donner quelque chose, en appuyant parfois là où ça fait mal. »
Ce n’est pas forcément un chemin tranquille… Surtout qu’en ce moment, la vie des musiciens est plus difficile, le paysage plus frileux. Depuis deux, trois ans, il y a un nombre considérable d’annulations de concerts. Les salles ne prennent plus de risques dans leur programmation. Les rapports sont plus durs, et il pense que ce phénomène explique aussi pourquoi on voit émerger des musiques inquiètes et tourmentées.
Et pourtant Nicolas ne semble pas tourmenté. Plein d’énergie, il a engagé sa vie dans une recherche musicale qui ne se pose que les bonnes questions. Avec la jubilation qui lui fait pousser des ailes au bout des doigts qu’il n’a pas…

Bernard Cassat, pour ô jazz ! – Photos Jean-François Grossin

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