Troisième et dernier portrait consacré au Trio Lavollée/Dubreuil/Larmignat, dont le premier album, produit par ô jazz ! sortira au printemps 2011.

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Dans la famille Dubreuil, être musicien n’est pas vraiment original. Il y a eu une première fournée avec Jacques, trompettiste, et son frère Pierre, pianiste. Tous deux de la génération d’un jazzman de la région, le futur réalisateur de Tous les matins du monde (entre autres…) Alain Corneau, avec qui Jacques était lié et avec lequel il partageait quelques sessions de temps en temps.
Dans la deuxième génération, Bertrand, le fils ainé de Jacques, joue du saxo, et comment ! On se souvient de ce “Samedi du Jazz”, au printemps 2010, où le quartet Jass a mis le feu au théâtre. Avec son frère Baptiste aux claviers.
Baptiste qui navigue en poisson pilote dans le milieu jazzistique orléanais.

La figure tutélaire de Keith

Ca lui est venu tôt. Il a d’abord fait du piano classique, pendant plus de six ans. Leçons un peu fastidieuses qui ne lui ont pas donné le feu sacré, même si travailler quelques études de Bartok ou Satie l’accrochait. Mais il a appris les gestes, les poses de doigts, les touchers de clavier, des apprentissages qui bien sûr lui servent encore.
L’attrait du jazz est venu naturellement. Son père en écoutait, en jouait, il allait le voir et l’entendre en concert. Et puis les disques de Chet Baker, et aussi, surtout peut être, ceux de Keith Jarrett. Son disque blanc qui a marqué une époque, le Köln Concert. Cette musique à mi-chemin entre jazz pur et dur et musique classique, cette manière très claire de balancer des arpèges de la main gauche, la mélodie de la droite, et développer l’ensemble. Grande source d’inspiration pour Baptiste qui, vers 15, 16 ans, joue et rejoue ces morceaux sur son piano. Mais il écoute aussi Herbie Hancock et Pat Metheny, ou le jazz rock de Weather Report, dont le synthé lui apparaît comme un instrument très mystérieux.
Il fréquente ensuite l’Académie de jazz d’Orléans, et les cours de Jean-Pierre Chalet, sans y trouver son miel. Trop compliqué, trop théorique.

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Du jazz, rien que du jazz

A 17 ans, en 91, il souhaite ne plus faire que du jazz. Il prend conseil auprès du saxophoniste Jean-Jacques Taïb, qui le met en garde contre la difficulté du milieu, et de Jean-Pierre Chalet, qui lui dit de foncer. Et il fonce. Il arrête sa scolarité en fin de première, part à Tours suivre les cours d’harmonie de Thierry Vaillot. Travaille tout seul, joue, ne cesse de jouer, improvise, commence à marquer ses improvisations, écrit la musique qu’il vient de jouer, compose. Il fréquente les lieux de jazz d’Orléans et de Tours, rencontre Nicolas Larmignat, Stéphane Decolly, Bertrand Hurault et toute la bande au Moulin de la vapeur, à Olivet. Il joue le plus possible, avec beaucoup de monde.
Pour continuer sa formation, il passe une année à Paris au CIM, une école de jazz et de musiques actuelles. Mais Paris l’étouffe. Il ne s’y sent pas bien, il a besoin de plus d’espace, peut être aussi de plus de liberté.

Le trio de l’ombre

Il revient donc dans la région et travaille. Avec Stéphane Decolly et Bertrand Hurault, ils forment un trio qui bosse d’arrache-pied, cherchant dans la lignée de Steve Coleman et du groupe belge Aka Moon. Ce dernier, sous l’impulsion de son leader Fabrizio Cassol, propose une musique complexe, polyrythmique, souvent asymétrique. Le trio de jeunes orléanais travaille dans cette veine, autour de rythmes complexes. Steve Colemann, deuxième source d’inspiration, est plein, lui aussi, de rythmes inhabituels. Il demande par exemple à chacun de ses musiciens de jouer dans une métrique différente, généralement elle-même irrégulière. Jozef Dumoulin, du groupe Octurne, proche de Magic Malik, inspire également Baptiste.
Depuis sept ans, le trio se réunit une fois par semaine. Baptiste écrit beaucoup pour cette formation qu’il trouve idéale. Il espère que cet énorme travail en trio va sortir du studio, en concerts ou cd…

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Beaucoup d’écriture

Parallèlement, il exerce une activité d’enseignement. Après avoir suivi l’atelier de Bruno Regnier à Olivet, il a pris sa suite lorsque celui-ci est parti. Il fait aussi un atelier à Saran.
Baptiste vit des expériences diverses. Un important duo avec Valérian Renaud des Vendeurs d’enclumes, qu’ils ont joué une trentaine de fois dans la région. Ou une très belle aventure avec l’orchestre du contrebassiste Claude Tchamitchian. Ce dernier avait lancé un concours à Tours que Baptiste a remporté. Il a donc écrit des morceaux pour l’orchestre, et discuté longuement avec Tchamitchian qui lui a rappelé l’importance de la simplicité. Ce très grand contrebassiste lui a apporté énormément.
On a pu apprécier également le travail de Baptiste pour le projet monté par ô jazz ! dans le cadre de la “Caravane de Loire”, la “Caravane de jazz”, qui s’est produite quatre fois au mois de septembre. Il en a écrit les arrangements, créé les raccords, les transitions, a suivi les répétitions pendant un an aux côtés de Benoît Lavollée, s’est investi pour que cette formation insensée, qui regroupait 200 musiciens d’harmonies du Loiret et un quartet, fonctionne au mieux de ses possibles…
Et sur le prochain cd, en production par ô jazz !, la plupart des morceaux sont de lui. Il a même écrit une ballade pour son père Jacques, invité du trio sur un morceau.

La patience acharnée du pêcheur à la ligne

Et malgré tout ce travail, il a peu enregistré, moins que ses compères Larmignat ou Lavollée. Mais Baptiste n’est pas vraiment carriériste. Réticent à la vie parisienne, il préfère aller taquiner le brochet dans le Loiret ou sortir une dorade royale du golfe du Morbihan. Le frisson de plaisir, à ces moments-là, rejoint celui qui le parcourt lorsque, devant son clavier, il fait une trouvaille qu’il exploite avec d’autres musiciens. Il aime jouer, et répète à l’envi que rien n’est plus important que de se produire sur scène, devant un public qui partage en auditeur la même énergie que les musiciens.
Et si son ami Mathieu Pion grave dans le marbre la musique en train de se créer, c’est encore plus satisfaisant. Surtout pour nous, auditeurs qui pouvons ainsi retrouver à loisir l’aisance de jeu de Baptiste, compositeur inspiré et interprète hors pair.

Bernard Cassat, pour ô jazz ! – Photos Jean-François Grossin

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