Dans les bacs…
BC : Bernard Cassat
DD : Dominique Derenne
JLD : Jean-Louis Derenne
La Baronne : La Baronne
MV : Marc Vassal
Avril 2013
Ceci n’est pas du jazz ! En effet.
Time magazine nous avait prévenus il y a quelques années déjà : “Dire que Maria Schneider est la plus importante compositrice de jazz, c’est rater le coche deux fois. Elle est un compositeur majeur. Point !”
Démonstration définitivement faite avec ce nouvel album, Winter morning walks, où la compositrice américaine, épaulée de deux orchestres de chambre (Australian Chamber Orchestra et Saint-Paul Chamber Orchestra), de trois piliers du Maria Schneider Orchestra et de la formidable soprano Dawn Upshaw, livre un ensemble de courtes pièces au lyrisme profond quoique retenu, plus proche de la musique classique que du jazz mais où brille l’inaltérable petite flamme qui fait que du Maria Schneider demeure du Maria Schneider… point !
Dans “Winter morning walks”, première partie de l’album, neuf pièces illustrent autant de courts poèmes de l’Américain Ted Kooser, émouvants hommages à la nature et au saisons portés par une écriture très sobre, exigeante sans jamais être austère.
Tout autre atmosphère avec les “Carlos Drummond de Andreas stories”, tirées de cinq textes du poète brésilien et où scintillent les couleurs du Brésil, évoquant de loin en loin les Bachianas brasileiras de Villa-Lobos.
Non ce n’est pas du jazz, ce n’est pas non plus de la “musique contemporaine”, ni vraiment du classique.
Mais c’est du Maria Schneider, assurément, l’un des plus formidables compositeurs et arrangeurs d’aujourd’hui, inégalable raconteuse d’histoire et fierté de ses défunts maîtres les immenses Gil Evans et Bob Brookmeyer…
Interview de Maria Schneider à retrouver ici. Album uniquement disponible via internet, sur le site Artistshare.com. JLD
Ceci est bien du jazz ! Comme il s’en écrivait beaucoup autrefois et comme on continue d’en faire parfois, en “jazzant” des répertoires originellement classés variété, musique de film, chanson populaire et, ici, pop, rock, rock progressif… allez vraiment savoir !
Après l’ONJ de Franck Tortiller et Led Zeppelin (Close to Heaven – 2006), l’ONJ de Daniel Yvinec et Soft Machine côté Robert Wyatt (Around Wyatt – 2009), c’est au tour du bondissant Médéric Collignon de s’attaquer à un monument de la pop anglaise des années 70 : King Crimson, rien que ça !
C’est A la recherche du roi frippé, par le Jus de Bosce (la formation de Collignon renforcée ici de huit cordes – dont l’Orléanais Valentin Ceccaldi). Plus d’une heure de musique déchaînée, onze musiciens courant après le bugle survolté d’un Collignon furieux mais toujours parfaitement maître de ses improvisations, sur des arrangements tirés au cordeau. Ou comment la folie la plus débridée sait tirer le meilleur profit d’une écriture et d’une mise en place impeccables. La musique du “roi frippé” (Robert Fripp) n’a jamais sonné aussi haut et clair et cet album est sans consteste à classer dans le “top ten” des meilleurs albums de 2012. JLD (Just looking – Harmonia Mundi)
Mars 2013

Nouveau label : Concord Music succède à Blue note. Nouvelle formation : John Kregor à la guitare, Larry Kohut à la basse et Jon Deitemyer à la batterie ont remplacé le trio “historique” des concerts et albums précédents…
Beaucoup de choses ont changé avec Smash, le nouvel opus de la dame de Chicago. Jusqu’à la musique, parfois, qui s’offre par petites touches des incursions du côté de la pop et du rock.
Mais Patricia Barber est bien restée la même et c’est sûrement pourquoi, une fois encore, son travail emporte l’adhésion : même élégance, même profondeur, même plénitude d’une voix et d’un piano assez sûrs d’eux-mêmes pour ne jamais forcer le trait ni les effets. Même classe, pour tout dire, chez cette chanteuse qui est aussi auteur-compositeur et arrangeur, poète sensible et délicate dont la retenue et la sobriété soulignent ici la grâce et le talent.
Ce Smash* mérite indéniablement d’en être un ! JLD (Concord Music)
* smash : gros succès
Février 2013

Elle était surnommée “The pearl” et elle en était une, en effet. Une perle rare, qui allait mourir à 27 ans, comme Jimmy Hendrix et la même année que lui (1970), connaissant un destin post mortem aussi exceptionnel et durable que celui du fabuleux gaucher.
Si Janis Joplin, malgré une carrière météorique, est demeurée dans les mémoires et les discothèques, c’est parce que par sa voix, sa personnalité et son charisme, elle s’inscrivait dans la lignée des grandes dames du blues, de Bessie Smith à Billy Holiday, qu’elle admirait tant.
Ce n’est donc pas un hasard si le vibraphoniste et chef d’orchestre Franck Tortiller, qui s’était déjà essayé – et avec quel talent – à l’adaptation pour big-band d’un répertoire des années 70 (celui de Led Zeppelin, avec “Close to Heaven”), est retourné puiser dans cette période musicalement si riche, du côté d’une chanteuse dont la musique nous parle au cœur avec la même fraîcheur qu’hier.
Plus qu’un hommage révérencieux, Janis the pearl est une réinvention jazzée des grands “standards” de Janis Joplin, et une plongée dans l’esprit de l’époque, avec cinq compositions originales, dont le très émouvant “The drinks are on pearl”.
A la tête de son octet, qui fait magnifiquement sonner ses arrangement, Tortiller a parfaitement soigné son casting en invitant le batteur Jacques Mahieux, ici au chant, pour l’un des albums les plus réussis de ce début d’année. JLD (MCO Label, distribué par Codaex)

Steve Kuhn et Steve Swallow, qui jouait alors de la contrebasse, se sont rencontrés en 64 dans le band du trompettiste Art Farmer. Wisteria, titre de leur cd, est d’ailleurs le nom d’une composition de Farmer reprise par le trio. Depuis, chacun a suivi son propre chemin, sans jamais cesser de se croiser. Le batteur Joey Baron les a rencontrés dans les années 90.
Enregistré au début de l’année 2012, Wisteria reprend quelques titres de l’orchestre de Kuhn “Promises Kept”, et aussi quelques compos de Swallow, de Carla Bley, et d’autres de leur proches. Des ballades, mais aussi du bop, du swing alliant des mélodies fortes et des moments plus libres. On sent l’expérience de chacun. Kuhn a tout de même été le pianiste de Coltrane avant Mc Coy Tyner, et Swallow a aligné tout au long de sa vie des collaborations plus que prestigieuses. Baron, plus jeune mais tout aussi expérimenté, reste à la hauteur de ces deux vieux routiers.
Un magnifique trio qui fait vibrer la musique de manière bien particulière. La basse électrique de Swallow imprime un son très moderne à ce trio classique, mais pas tant que ça. Comme si les Space cowboys venaient nous parler de jazz… BC (ECM)
Janvier 2013

El tiempo de la revolucion, tel est le nom de la dernière parution d’Eric Truffaz et de son quartet. On retrouve aussi d’autres traces de ses voyages, Istanbul et l’Afrique. Il accumule, Truffaz, il peaufine son timbre, il arrondit son souffle tout en lui gardant une certaine nervosité, il remet à chaque instant sur le tapis ce son qui est bien à lui, qui sort du plus profond de ses poumons et passe par les méandres de son esprit. Musique sensuelle s’il en est, pimentée par le jeu complice de ses acolytes, Marcello Giulani à la basse, Marc Erbetta à la batterie et Benoît Corboz aux claviers. Un quartet qui fonctionne à plein régime, donc au sommet de sa forme. Et comme le son de Truffaz est très proche du souffle, il aime appeler à ses côtés des voix pour venir étayer ses propos. Anna Aaron, sur trois titres, rajoute une ligne aérienne au quartet.
Un grand cd, complété par un dvd qui propose l’enregistrement du concert que le quartet a donné en 2011 à Montreux. Mêmes musiciens, sauf les voix. Sophie Hunger et Sly Jonhson, qu’on avait déjà entendues avec lui, viennent avec bonheur se prêter au jeu. Et tous les titres sont différents de ceux du cd. Double plaisir pour quasiment le même prix. BC (Blue Note)

Troisième du Jérémie Ternoy Trio, l’album Bill propose huit plages qui installent des ambiances différentes, mais qui restent très cohérentes dans leur développement. Tous trois ont reçu de belles distinctions en jazz, et le trio lui même a été remarqué de nombreuses fois. A juste titre. Jérémie Ternoy s’est fait un nom à Lille, d’où il est originaire, puis nationalement. On a souvent croisé Nicolas Mahieux à la contrebasse, notamment autour de Jean-Christophe Cholet (Samedis du Jazz en 2011), ou lors de la “Caravane de Jazz” (en 2010). Charles Duytschaever à la batterie vient plutôt du monde de la pop-rock et du reggae.
A eux trois, ils possèdent donc une culture musicale très étendue qui leur permet de mettre en œuvre une très belle musique entre rigueur et expression, entre maîtrise et plaisir, alliance du savoir et d’une liberté créatrice. Un très beau cd qui s’intègre parfaitement dans le paysage jazzistique actuel. BC (Circum Disc – MVS Distribution)
Décembre 2012

Ibrahim Maalouf a vraiment mis ses pas dans ceux de Miles. “Ascenseur pour l’échafaud” emplissait bien sûr sa mémoire, et des rencontres lui ont permis de travailler une musique pour un film muet de René Clair, réédité par la cinémathèque, “La proie du vent”. Le souffle dans la trompette, le vent… Wind était en place.
Pour cet album, Maalouf a rassemblé autour de lui quatre musiciens purement jazz, le pianiste et arrangeur Franck Woeste, le saxo Mark Turner, le batteur Clarence Penn et le bassiste Larry Grenadier. Cet enregistrement, beaucoup plus jazz que ses précédents, ne cherche pas à gommer ses origines arabes libanaises, son ADN, et sa petite trompette en quart de ton mise au point par son père a toujours des accents orientaux. Mais qui sont tirés vers les sons de Miles. On n’est plus du tout dans le jazz-fusion de sa trilogie précédente.
Et ses coéquipiers l’entourent de l’univers qu’ils connaissent, un jazz actuel construit, rythmé ; l’arrangeur Franck Woeste n’y est sans doute pas pour rien. Ibrahim Maalouf peut y déployer ses mélodies un peu nostalgiques et flottantes, à la limite du son faux tant il semble venir de loin, tant il porte en lui la douleur de l’exil.
Un magnifique cadeau pour les fêtes, dans un coffret très soigné.
BC (Mi’ster Productions, distribué par Harmonia Mundi)

Après un premier album sorti sur le même label Abalone, voila Songs no songs, un second H3B, formation de Denis Badault (piano, compositions), qui réunit Tom Arthurs à la trompette, Régis Huby au violon et Sébastien Boisseau à la contrebasse.
“D’un côté, j’ai composé des mélodies simples, des Songs, avec des harmonies et des rythmes plus ou moins sophistiqués. De l’autre, nous improvisons librement des No songs, avec ou sans consignes de mode de jeu”, dit le leader.
Un album donc en différentes séquences. L’ex meneur de l’ONJ navigue toujours entre l’écrit et l’impro, entre le formel et l’instantané. On passe d’un lyrisme rehaussé par le violon à des notes plus dépouillées, départs d’investigations musicales menées de main de maître par les quatre compères, tous musiciens hors pair. Cette formation sans batterie, toute acoustique, propose un jazz d’aujourd’hui, bien dans sa peau, savant et plaisant à la fois. Des vieux routiers qui développent de manière poussée leur émotion du départ. Non sans humour, parfois. Belle réussite.
BC (Abalone Productions, distribué par Muséa)
Novembre 2012

Le violoniste Théo Ceccaldi a monté un trio de cordes, avec son frère Valentin au violoncelle et Guillaume Aknine à la guitare. Trio improbable donc pour un disque, Carrousel, classé en jazz. Mais la réussite est flagrante. Toute la culture musicale de ces trois jeunes gens sous-tend leurs thèmes comme leur manière de jouer. On peut y trouver des accents de musique contemporaine, des éclats de jazz-rock, comme si Mahavishnu avait bu trop de Grapelli. Sans chercher à la classer, cette musique improvisée passe d’accents romantiques à des moments de recherche, mais toujours avec le souci de l’harmonie. Même dans les instants les plus déconstruits, le propos reste agréable. Et c’est ce qui fait la force du trio. Ils jouent tellement bien et sont si justes dans leur son, ces trois là, qu’il n’y a qu’à se laisser porter, à baguenauder dans des ambiances tsiganes, allant jusqu’à l’Orient, ou des roublardises ravéliennes. Et surtout ne pas se priver d’aller les écouter en concert, puisqu’ils sont d’Orléans et y jouent quelquefois (portrait de Théo à paraître ici même le 11 novembre). BC (Ayler Records)>

Claude Tchamitchian a réuni trois de ses amis pour un quartet assez inhabituel, plein de cordes autour de la batterie de Christophe Marguet. Dans Ways Out, sa contrebasse fait écho aux violons électriques de Régis Huby et dialogue avec la guitare électrique de Rémi Charmasson. Quartet électrique, donc, avec des effets très importants. On pense au jazz rock ou pop des années 70 et 80, mais les impros nous ramènent dans un domaine plus free. Toutes les compositions sont de Tchamitchian et l’ensemble possède un réel son bien particulier. L’ombre de Charlie Haden traîne toujours un peu sur la contrebasse de Claude, qui lui rend d’ailleurs hommage dans des solos magnifiques. Un beau quartet à découvrir. BC (produit par Abalone, distribué par Muséa)
Octobre 2012

Quelle que soit son entrée dans la musique, classique, contemporaine, jazz, Jean-Paul Celea installe rapidement son univers.
Yes Ornette, ce travail à partir d’Ornette Coleman n’échappe pas à la règle. Plus que des reprises, il s’empare des thèmes, les investit, les visite en fouinant, en grattant partout, en développant la moindre note, se laisse entraîner par l’instant, revient au thème.
Wolfgang Reisinger, batteur et ami de longue date, et Emile Parisien, plus jeune mais tout aussi complice au saxo soprane, tous deux exactement sur la même longueur d’onde, lui permettent de créer un cd exceptionnel de légèreté et de justesse.
Sur onze thèmes d’Ornette et un douzième de Celea, le trio nous emmène dans des développements limpides, des duos magnifiques de connivence et d’inventions, et quelques morceaux de bravoure en solo. De grands musiciens pleins de savoir, de technique et de plaisir de jouer, qui réinventent un free passé sous les fourches Caudines de Ravel et Dusapin. BC (Out Note, distribué par Harmonia Mundi)

Enregistré cet été et tout juste dans les bacs, Gouache, dernier ouvrage de Jacky Terrasson, déroule son swing avec une maîtrise particulièrement plaisante.
Le pianiste, entouré d’une rythmique béton avec Earl Travis à la contrebasse, Justin Faulkner à la batterie et, sur certaines plages, Minino Garay aux percussions, a convoqué ses amis de longue date : Michel Portal et Stéphane Belmondo, ainsi qu’une jeune chanteuse américano-française, comme lui, Cécile Mc Lorin Salvant.
Le répertoire, comme souvent chez Jacky Terrasson, est éclectique, allant d’Eric Satie à Amy Winehouse en passant par Sonny Rollins et John Lennon et une reprise de “C’est la vie”.
L’ensemble est bien pensé, alternant des balades bluesy et du swing endiablé.
Portal innove à la clarinette basse, Cécile Mc Lorin module limpidement son timbre et Terrasson domine son clavier avec un plaisir communicatif. Un excellent cd dans la grande tradition mais avec beaucoup d’intelligence, de cœur, de liberté et de plaisir. BC (Universal Jazz)
Septembre 2012

Le “quartet européen” de Keith Jarrett a fonctionné pendant près de cinq années, à la fin des années 70.
Jarrett y était entouré de Jan Garbarek aux saxos et flûte, de Palle Danielsson à la contrebasse et de Jon Christensen à la batterie.
Ce quartet a sorti quatre disques chez ECM : Belonging en 1974, My Song en 1977, deux albums studio parus chez ECM, puis Nude Ants et Personal Mountains captés live en 1979.
Aujourd’hui, Manfred Eicher, le patron du label, sort de ses archives Sleeper, un double cd enregistré le 16 avril 1979 au Nakano Sun Plaza de Tokyo, juste avant que le quartet ne se sépare pour d’autres aventures. Les bandes ont été remixées récemment à Oslo.
Sleeper donne à entendre une heure trois quart de musique de ce quartet qui a marqué profondément son époque.
Tous les morceaux sont signés Jarrett, mais les impros et les digressions montrent à quel point ces musiciens s’appropriaient n’importe quel thème pour en faire une œuvre collective.
Bien sûr, on connaît d’avance le son de chacun, mais quel plaisir de retrouver ces inédits, par ailleurs indispensables au regard de l’histoire du jazz. BC (ECM)
Août 2012

Après un cd solo, Faces, il y a plus de cinq ans, Jean-Charles Richard nous livre la suite de sa musique, cette fois ci en trio, avec Traces.
“Jean-Charles Richard passe d’une formidable maîtrise instrumentale à une maîtrise de sa musique”, dit de lui Louis Sclavis, son frère musical. Et c’est vrai : Jean-Charles crée des univers différents à chaque morceau, nous faisant entendre des cornes de brume au saxo baryton ou de tout petits oiseaux orientaux au bansuri, cette grande flûte traversière en bois de l’Inde, ou installe du son plus scène de jazz au soprane. Il passe du swing au free, de phrases modulées à des sons plus hachés. Quelles que soient ses préférences, l’auditeur trouvera parmi cette richesse de propositions des ambiances qui lui conviennent.
Cette recherche constamment sous contrôle reste dans une cohérence tout à fait perceptible. Le musicien n’oublie pas que la musique est aussi, forcément, sensible, donc agréable. Et ses deux comparses, Peter Herbert à la contrebasse et Wolfgang Reisinger à la batterie, font un travail remarquable pour amener une grande ouverture à la musique du leader.
Jean-Charles Richard fait partie de cette génération de musiciens qui ont touché à tout et qui se moquent des barrières, comme Marc Buronfosse avec qui il a joué et dont on a parlé dans ces colonnes. Trois surdoués hyperdiplômés pour une musique qui se joue de la routine. BC (Abalone Productions).
Juillet 2012
Une brassée de cd pour l’été…

Sur la route des vacances et des festivals, à écouter à fond la caisse… dans sa caisse !
Trombone Shorty, le prodige de la trompette et du trombone made in New Orleans, nous offre avec ce “For True”, un de ces albums qui décrassent les oreilles, pliant à sa fantaisie jazzistique, hip-hop, funk, rap…
Une pêche contagieuse et un parfum de “street band” qui donnent envie de s’envoler dare-dare pour la Louisiane !
Un petit coup d’oeil dans le rétroviseur, avec l’excellent “Centennial”, où comment Ryan Truesdell, l’assistant de Maria Schneider qui fut elle-même l’assistante de Gil Evans, est allé exhumer des partitions et des arrangements du maître de l’orchestration jazz encore jamais joués.
Puis il a débauché quelques pointures du Maria Schneider Orchestra et le tour est joué (et bien joué !), dans cet album d’inédits d’une étonnante fraîcheur (en clair, ce ne sont pas des fonds de tiroir).
Shaï Maestro, le bien nommé, accompagna en d’autres temps son compatriote Avishai Cohen.
Il vole de ses propres ailes sur ce premier album en trio (dépourvu de titre) où sa maîtrise du piano se double d’une belle inventivité mélodique et harmonique.
Ce premier Maestro est un coup de maître !

Définir le “jazz français” ?
C’est un coup… à se prendre des coups.
Et pourtant, il y a de ces constances, de ces familiarités, de ces filiations… quelque chose, mais quoi ?
Tiens, ici, avec “Pulsion”, le batteur et compositeur Christophe Marguet évoque très nettement Henri Texier et sa période Azur Quartet, même sens mélodique, mêmes couleurs, mêmes échappées poétiques…
On ne s’en lasse pas.

Terminons sur un bémol.
“All over the place”, le dernier Mike Stern, personnage qu’on aimait pourtant plus que de raison jusque-là, déçoit un peu.
L’ex-guitariste de Miles Davis, à l’instar de son confrère et compère le saxophoniste Kenny Garrett (“Seeds from the underground” – 2012) semble peiner à se renouveler.
Ses compositions, sortes de décalques en moins inspiré de ses oeuvres précédentes, nous laisseraient presque indifférents. C’est dire si c’est raté.
A moins bien sûr que ce soit nous qui ayons… raté quelque chose. Allez savoir, on est comme tout le monde, on a besoin de vacances !
JLD
For True – Trombone Shorty (Verve)
Centennial – Ryan Truesdell (Artistshare, uniquement surwww.artistshare.net
Shaï Maestro (Abeille Musique)
Pulsion – Christophe Marguet et son quintet “Résistance poétique” (Abalone production)
All over the place – Mike Stern (Heads Up International)
Juin 2012

Deux ans après le torrentiel “Crouch, Touch, Engage”, le pianiste Andy Emler remet le couvert.
Convoquant à nouveau la bande de furieux qui composent son “Mégaoctet”, il nous envoie dans les dents cinq nouveaux morceaux (de bravoure), frénétique rituel païen qui décrasse les neurones et les oreilles.
E Total est un album puissant, violent, décomplexé, entre farce de vieux garnement roublard et clin d’yeux d’un briscard qui connaît la musique !
Du jazz français qui fait du bien par où il passe (en force). JLD (La Buissonne)
Avril 2012

Nombreuses sont les chanteuses de jazz à trouver leur place dans les rayons des disquaires. Il est par contre plus rare de découvrir et d’entendre une voix masculine. Avec son second album “Be Good”, Gregory Porter nous rappelle que le jazz chanté au masculin c’est aussi agréable à écouter.
Il faut dire que la voix de Gregory Porter a tout pour plaire. À la fois chaude et douce tout en sachant descendre dans les graves sans être râpeuse, elle nous fait furieusement penser à celle de Marvin Gaye. En l’écoutant, ce n’est pas la technique du chanteur qui nous impressionne mais plutôt une sorte de charme insidieux qui agit et nous séduit avec grâce. On se laisse avoir bien volontiers par les mélodies de ce “crooner” qui sait donner une âme à sa musique et jongle habilement avec le patrimoine soul et jazz.
Après un premier album confidentiel en 2010, Gregory Porter frappe fort avec “Be Good” et devrait, grâce à cette galette d’une qualité indiscutable, apparaître en pleine lumière pour prendre la place qu’il mérite. Il faut noter aussi le talent des musiciens qui l’accompagnent tout en sachant rester modestes. Avec Gregory Porter, c’est sûr le jazz a trouvé une voix, une vraie, que l’on a pas fini d’entendre. Peut-être - on l’espère - un jour sur la scène du Campo Santo, à Orléans ? MV (Motéma Music).
Mars 2012

Pour qui a eu la chance de le découvrir au Palais des Congrès à Paris en 1984, alors que, tout jeune saxophoniste, il lançait ses premiers chorus aux côtés de Miles Davis…
Pour qui a pu le revoir, et de beaucoup plus près, lors d’un des tout dernier concert du trompettiste avant sa mort, en 1991 à Sully-sur-Loire…
Et pour qui se souvient de l’envoûtant rite païen qu’il orchestra, il y a quelques années, depuis la scène du Campo Santo, avec son fameux “Happy People”, devant une foule trempée à l’os mais touchée au coeur…
Pour celui-là, donc, fan de la première heure et qui l’est demeuré, un nouvel album de Kenny Garrett est un événement.
Et le voilà aujourd’hui, ce “Seeds from the underground” qu’on attendait, cet album hommage aux musiciens qui ont influencé le saxophoniste.
On l’attendait, et l’on est… déçu. Car d’entrée, on a le sentiment d’avoir déjà entendu tous ces morceaux, décalques presque à l’identique de compositions qui faisaient le bonheur des disques précédents mais manquent ici singulièrement d’âme : même structure, même construction, même inspiration… une mécanique trop bien huilée, ronronnante et qui semble finalement tourner à vide.
“Seeds from the underground”, exercice appliqué, est un album qui manque de souffle, tout simplement ! Un comble de la part d’un des plus talentueux saxophonistes de ces vingt dernières années… JLD (Mack Avenue)
Février 2012

“My heart belongs to Daddy”, susurré par la mutine Marylin ou son clone en blondeur (mais pas forcément en talent) Mélodie Gardot, n’avait pas de secret pour vous… croyiez-vous ?
Préparez-vous à une révision déchirante, un grand choc émotionnel, une perte subite de repères.
Le couple Baccarini (Maria Laura, la comédienne-danseuse-chanteuse) / Huby (Régis, le violoniste-arrangeur) a remis ça, un an après le surprenant “All around”. Le duo d’enfer s’est en effet attaqué, avec “Furrow”, aux plus grands standards d’un des plus fameux compositeurs et paroliers américains, Cole Porter, dont les tubes maintes fois repris et adaptés ont creusé leur sillon jusqu’au plus profond de l’inconscient collectif occidental.
Ils s’y sont attaqué, c’est bien le terme, n’ayant pas jugé indispensable de nous les resservir tels quels.
Et ça décoiffe. Après un patient travail de décorticage, après avoir gratté à l’os et littéralement cannibalisé ces si mélodieuses mélodies, Huby le sorcier les régurgite accommodées à sa sauce très piquante.
Ce pourrait être gratuit, prétentieux… c’est juste extrêmement excitant et plaisant, propre à occuper nos longues soirées d’hiver au jeu de la “reconnaissance d’oeuvre”… et joyeusement, énergiquement, superbement interprété !
Avec des attaques souvent très rock, des improvisations plutôt “libres”, des rythmiques décalées, des harmonies tordues, Huby s’amuse à tout casser, mais pour mieux reconstruire, livrant une nouvelle démonstration de la formidable capacité du jazz à s’emparer de tout matériau pour le plier à sa fantaisie.
Le dessinateur Gébé conseillait de faire un pas de côté pour mieux considérer la réalité (à tout le moins, en changeant d’angle, la voir autrement). Régis Huby a suivi le conseil. C’est un autre Cole Porter qui se révèle sous le premier. Un phénomène d’Huby… quité, en quelque sorte. JLD (Abalone)
Décembre 2011
Une brassée de cd, pour cette fin d’année. Uniquement ceux que l’on a aimés, pas la peine de faire de la peine… et de gaspiller de l’espace.

En commençant par l’un des (sinon le) meilleur album de l’année, à nos yeux et oreilles innocents, en tout cas : James Farm, nom d’album et de groupe, un quartet acoustique qui réunit autour du saxophoniste Joshua Redman (en voilà un qui a un “sound” comme disait Miles) Aaron Parks aux claviers, Matt Penman à la contrebasse et Eric Harland à la batterie, rien que ça !
Influencé par le rock, la soul, le folk et la musique classique, voilà un jazz “roboratif”, énergiquement interprété, peut-être pas le plus original mais à coup sûr l’un des plus plaisants à l’écoute, mélodieux, intelligent et sans esbroufe.
Qu’est ce ça fait du bien, parfois, d’entendre de la “belle” musique.
(Nonesuch Records).

Un autre saxophoniste, pour un autre album qui marque le premier “à la culotte” dans la série révélation de l’année : Cheerleaders, de l’ineffable Pierrick Pédron.
Voilà quelqu’un qui ne fait rien comme tout le monde, et qui a bien raison. Après “Omry”, force est à nouveau de constater que le gaillard n’a pas froid au yeux, bâtisseur d’un univers très personnel, multi-influencé lui-aussi, et où chaque morceau est comme une planète singulière.
Solidement épaulé par un combo de choc (Chris de Pauw : guitare, Laurent Coq : piano, Fender Rhodes, claviers, Vincent Artaud : basse, Franck Agulhon et Fabrice Moreau : batterie, Ludovic Bource : orgue Farfisa), il livre un cd assez inclassable, tout en ruptures, de ton, de son, de rythme… melting pot malin et finalement très cohérent. (Act)

On avait aimé ses arrangements pour Joni Mitchell dans l’indispensable album(s) de reprises “Travelogue”.
Avec les Archets de Paris, à la direction et aux arrangements, il avait également signé le magnifique “Around Roma” du saxophoniste italien Stefano Di Battista.
Et sous son propre nom, on connaissait notamment les deux “Jazzpana”, échos à l’ascendance ibérique de ce natif du Connecticut, par ailleurs chef apprécié du hollandais “Metropole Orchestra”.
Revoilà Vince Mendoza, avec Nights on earth, un album de compositions pour lequel il a réuni quelques copains, John Scofield, Kenny Werner, Karim Ziad, Christian McBride, Ambrose Akinmusire… et beaucoup – beaucoup – d’autres du même acabit (en tout plus d’une trentaine !).
Un album où les thèmes sont rois, que ce digne successeur de Gil Evans a choisi d’arranger sobrement, comme pour mieux nous monter qu’il est – aussi — compositeur.
On lui en donne acte, sans se forcer ! (Horizontal)
JLD
Novembre 2011

Un trio royal pour un sixième cd souverain !
Jean-Christophe Cholet a suivi une formation classique de piano et de composition (Schola Cantorum, diplôme d’harmonie, contrepoint et fugue). Mais la composition l’attire plus que tout, avec des univers musicaux assez éclectiques. Il compose pour orchestres symphoniques, choeurs, orchestres d’harmonie, danse, scène et même cirque. Il joue également en tant que sideman avec des musiciens de jazz prestigieux.
Il répond à beaucoup de commandes, souvent après une résidence dans une région, une ville. Parmi ses réalisations remarquables, citons une oeuvre pour un ensemble de trombones à Chambray-les-Tours, ou à Amiens un Complexe pour euphorium et tuba. Et puis plus récemment, avec l’ensemble Diagonal (un groupement de musiciens d’origines musicales et géographiques diverses, d’où le nom), le projet Nights in Tunisia, qu’il tourne encore (Jean-Christophe Cholet, piano, Geoffroy de Masure, trombone, Jasser Haj Youssef, violon, Vincent Mascart, saxophones ténor & soprano, Geoffroy Tamisier, trompette et bugle, Méta, voix, Linley Marthe, basse, Chander Sardjoe, batterie).
Au cours de ses collaborations avec d’autres musiciens de jazz, et pas des moindres (Louis Sclavis, Michel Portal, François Jeanneau, Paolo Fresu, et bien d’autres) il a rencontré le contrebassiste Heiri Käntzig et le batteur Marcel Papaux.
Heiri Känzig a été membre du Vienna Art Orchestra durant quinze ans. Il a joué en sideman avec Dominique Pifarély, Georges Gruntz, Richard Galliano, l’ONJ, John Scofield… Sa contrebasse se niche dans les sillons de pas moins de 80 albums.
Marcel Papaux a fait résonner ses tambours dans diverses musiques (classique, rock, variété) et dans des formations de jazz avec des musiciens prestigieux : Dewey Redman, Michael Brecker, Richard Galliano, entre autres. Avec son compère Heiri Känzig, ils forment une rythmique solide et inventive, qui peut passer d’une ballade romantique à un groove enfiévré.
Tous les trois se sont regroupés dans cette formation royale du jazz, un trio autour du piano, le Cholet Känzig Papaux Trio. Premier cd en 2003, il sortent aujourd’hui leur sixième, Connex. Maîtrise du jeu, variation d’inspiration, le trio, en pleine possession de ses moyens, livre là une heure de musique complètement aboutie, une grande promenade pleine de plaisir et d’insouciance qui cache totalement tout son savoir-faire derrière l’échange et le feeling partagé.
B.C. (Cristal/Harmonia Mundi)
Octobre 2011

Il y a eu “Diaspora” en 2007, “Diachronisme” en 2009, voilà aujourd’hui “Diagnostic”, avec lequel Ibrahim Maalouf propose le troisième volet de la trilogie dans laquelle il s’est lancé.
Naviguant entre jazz, rock et musique traditionnelle arabe, il continue à nous balader sur les chemins du monde méditerranéen, avec de très belles mélodies sur fond de bazar libanais, des fanfares orientales violentes et envoûtantes, des variations subtiles sur sa trompette trafiquée par son père, lui même trompettiste traditionnel, qui a rajouté un piston baissant à loisir toutes les notes d’un quart de ton.
Toujours aussi prenant, Ibrahim Maalouf joue ses nouvelles mélodies avec un souffle de grande envergure. On est loin d’un jazz pur et dur, mais le voyage vaut largement le coup. Des reprises très personnalisées, comme le “Smooth Criminal” de Michael Jakson, ou “Douce”, thème emprunté à un slameur. A noter un remarquable morceau de dix minutes, “Beirut”, qu’Ibrahim Maalouf a composé en marchant dans sa ville détruite par la guerre. C’est chaud, poignant, d’une grande authenticité.
Comme sur les deux premiers volets, il invite autour de lui nombre de musiciens, chanteurs(euses) et amis, dont le noyau dur de ses accompagnateurs Benjamin Molinaro (basse), Frank Woeste (Fender Rhodes), Nenad Gajin (guitare). BC (Mi’ster Productions/Harmonia Mundi)

Avec “Inner smile”, Aldo Romano a convié autour de sa batterie des amis qu’il apprécie : Enrico Rava, trompettiste italien un peu de la même veine que lui. Tous deux jouent avec les plus grands depuis plus de quarante ans, tous deux sont leader d’une formation régulière mais participent à d’autres projets. Avec eux Baptiste Trotignon au piano, de la génération suivante, mais qui comme les deux premiers ne cesse de jouer avec des grands parce que lui même n’est pas n’importe qui. Et Thomas Bramerie à la contrebasse, un copain de Trotignon, qui a lui aussi beaucoup fréquenté du beau monde.
Formation classique par excellence, ce quartet de jazz. Qui de plus reprend des grands standards, “Old Devil Moon”, “My funny Valentine”, “I’m getting sentimental over you” ; cinq compositions d’Aldo, infatigable compositeur ; et une improvisation à quatre, “Kind of autumn”. A noter un court solo de Trotignon dans la meilleure veine du pianiste, “Where is Aldo ?”
Classique, impeccablement joué, chaud et enlevé, des mélodies aériennes jouées tout en souplesse. Du grand jazz comme on l’aime.
BC (Dreyfus Jazz/Sony Music)
Septembre 2011

Collaboration entre les deux pianistes Brad Mehldau et Kevin Hays, et le compositeur-arrangeur Patrick Zimmerli, Modern Music contient des pièces écrites par les trois musiciens ainsi que des morceaux de Steve Reich, Ornette Coleman et Phil Glass.
Meldhau et Hays sont amis de longue date, ils se sont rencontrés dans les clubs de jazz new yorkais, alors que tous deux commençaient à percer dans les années 80. Zimmerli, ami des deux précédents, a eu un grand succès dans le monde de la musique contemporaine.
D’abord producteur du projet Modern Music, il y est rentré musicalement en proposant ses idées. Il explique: « Nous avions prévu d’inclure un standard de jazz, et après quelques discussions, on a choisi Lonely Man, dont j’ai fait un arrangement [à l'origine la musique d'une série télévisée des années 70, The Incredible Hulk, composée par Joe Harnell. Oui, c'est bien le Hulk qui sera repris dans plusieurs films] renommé Lonely Woman. On voulait aussi un morceau original composé par chacun de nous. J’ai écrit Modern Music spécialement, et Brad et Kevin ont amené des morceaux déjà écrits, Unrequited et Elegia, de très belles mélodies avec de magnifiques glissements d’accords. » Trois autres compositions originales de Patrick Zimmerli ont été finalement ajoutées.
Hays précise: « La musique de Patrick est très structurée, les solos généralement assez longs, mais on a aménagé un peu cela. Les morceaux de Brad et les miens contiennent plus d’improvisation. »
Brad Meldhau revient sur l’écriture de Patrick Zimmerli: « Il nous a proposé des challenges difficiles. Par exemple, sur Modern Music, il nous demande d’improviser de la main droite alors qu’il a écrit toute la partition que l’on doit jouer de la main gauche. Si bien qu’on ne peut pas laisser aller son intuition en lâchant un moment le contrôle, comme on le fait d’habitude pendant une improvisation ».
De grands musiciens pleins de talents différents, qui proposent une musique très américaine dans la foulée de ce que l’on a appelé la musique répétitive, mais où le jazz insuffle son lyrisme. Un remarquable dialogue de pianos. BC / Nonesuch (traduction d’interviews sur www.nonesuch.com)
Eté 2011
Une brassée de cd, pour compenser un mois de disette. Une sélection arbitraire (on va s’gêner) de ce qui nous a frappés, accroché les oreilles, décoiffés, parfois… pour le meilleur !

En commençant par l’admirable contrebassiste Avishai Cohen qui, avec son Seven seas, confirme tout le bien que l’on pensait de sa musique jazzo-ethnique, ses thèmes et mélodies aussi entêtant qu’envoütants, ritournelles aux accents souvent orientaux bien plus complexes qu’il n’y paraît et qui vous prennent à nouveau aux tripes après l’excellent “Aurora”, et dans la même veine (Blue note).

Retour aux sources pour Henri Texier, autre contrebassiste, autre mélodiste hors pair qui renoue (mais l’avait-il vraiment abandonnée ?) avec l’inspiration de ses inoubliables “Indian’s week” et autre “Mad nomads”, sans oublier, bien sûr, la “Suite africaine”…
Ca s’appelle Canto negro, ca sonne et se revendique comme un hommage aux grands musiciens d’Afrique, mais c’est aussi comme l’autoportrait du grand marabout, Texier himself (Label Bleu).

Continuons avec un petit génie de l’adaptation et de l’arrangement, le guitariste N’Guyen Lê auquel il avait été demandé de bisser la formule gagnante de son “Purple” (hommage à Jimi Hendrix, 25 000 exemplaires vendus, un record en jazz) et qui a finalement préféré adapter à sa sauce quelques uns des grands titres de la pop des années 70.
C’est Songs of freedom, un éclairage nouveau et saisissant sur ces quasi-standards (où les Beatles côtoient Led Zep’, Stevie Wonder Janis Joplin) et la preuve que ceux-ci ne nous avaient pas encore révélé tous leurs secrets. N’Guyen Lê, c’est avéré, en a encore sous la pédale wah wah… (Act)
Terminons avec un batteur-compositeur et son premier album, autoproduit, One way or anoteher.
Retenez bien son nom, Guilhem Flouzat, car ce brillant sujet fera parler de lui (il l’a déjà fait, d’ailleurs, dans des colonnes autrement prestigieuses que celle-ci !).
“Enfant du jazz” (il a fait ses premières armes, adolescent, du côté de Barcelonette) il est aujourd’hui l’un des très rares invités (avec une bourse complète sur ses quatre ans d’études) de la fameuse et très convoitée Manhattan School of Mmusic, à New York. C’est dire, et son album le prouve, s’il a en dans les baguettes ainsi que dans la tête.
Pour ce premier opus, il a pu réunir autour de lui, notamment, deux pianistes de grande classe (Laurent Coq et Tigran Hamasyan) livrant une intelligente démonstration de savoir-faire musical et instrumental, parcours sinueux au fil de son inspiration, déclinant avec talent les mille manière d’accommoder la matière musicale jazzistique.
Une belle découverte ! (Collectif Onze Heure Onze)
JLD
Avril 2011

C’est décidément des femmes que nous viennent, à espaces réguliers, les plus authentiques plaisirs musicaux issus de grandes formations ! Faut-il redire ici l’admiration que l’on voue à la magicienne Maria Schneider et à son ensorcelant Maria Schneider Orchestra ?
Mais il faut aussi parler de sa petite soeur française, l’encore trop méconnnue Carine Bonnefoy dont l’album “Outre-Terres” (avec le Métropole Orchestra dirigé par un autre maître de l’orchestration, Vince Mendoza) fut à sa sortie en 2007 – et demeure – un pur bonheur d’inventivité, de maîtrise orchestrale… et un voyage au long cours dont on ne perd plus le souvenir.
La famille s’agrandit. Ces deux-là ont aujourd’hui une cousine canadienne en la personne de la très estimable saxophoniste Christine Jensen (la cadette de l’immense Ingrid, pilier du Maria Schneider Orchestra, justement) et qui donne avec Treelines, une série de compositions pour big-band dont la filiation avec les précédentes est une évidence : plaisir de raconter une histoire (il est question ici de forêts et d’océans), grand attachement à la mélodie, subtilité des arrangements…
Mais sur ce dernier point, rien d’étonnant puisque la compositrice et arrangeuse canadienne, à la tête des dix-huit musiciens de son Christine Jensen Jazz Orchestra, se revendique elle-aussi en fille spirituelle de Gil Evans… dont Maria Schneider fut l’assistante. On boucle la boucle, dans cette histoire de famille… de coeur et musicale. JLD (Justin Time Records – disponible notamment sur Amazon.fr)
Mars 2011

En 2003, au cours d’une tournée commune, Jean-Marie Machado et Dave Liebman décident d’enregistrer en une journée un cd à deux, orienté vers la saudade portugaise et le fado espagnol. D’où “Caminando”.
En 2010, ils remettent ça, avec une inspiration plus large, beaucoup de morceaux écrits par Machado, plusieurs par Liebman, et des reprises de Ravel, Monk et un musicien portugais, Amadeo do Vale.
Eternal moments porte bien son nom. Nous voilà embarqués dans des ballades extraordinaires, lyriques et pourtant très ancrées dans la forme jazz (”Little dog waltz”), ou balade bucolique (”Les yeux de Tangati”), où Dave Liebman fait l’oiseau avec des flutiaux au bords de chemins magnifiquement décrits par le piano, avec des digressions, des petits sentiers qui partent dans les champs sans jamais se perdre, nous amenant là où ils l’ont décidé. On trouve aussi une très belle chanson portugaise (”So a Noitinha”) a l’ambiance étrange, un peu enfantine, qui nous entraîne vers le tango mais avec légèreté, juste une présence, une évocation. Et des morceaux aériens, convoquant le free comme la mélodie construite, la Méditerranée lumineuse comme la folie newyorkaise.
Ces deux grands jazzmen ne se posent pas de (fausses) questions de style ou de démonstration de force. Ils jouent, ils jouent ensemble, ils jouent bien, ils peuvent tout se permettre parce qu’ils possèdent à ce point leur art que toujours ils retombent sur leurs pieds.
Des moments d’un très grand plaisir simple, calme et satisfaisant.
BC (Cantabile pour Bee Jazz Records)

C’est un étrange objet que ce All around, album-concept en forme d’ode à la nature écrite en anglais par un Français,Yann Aperry (Prix Goncourt des Lycéens), chantée par une italienne (Maria Laura Baccarini), sur une musique hybride signée du violoniste Régis Huby et interprétée par dix musiciens émérites.
Entre folk, jazz et opéra-pop, mêlant musique vocale et instrumentale, ce cd qui n’est pas sans rappeler le dernier Kate Bush, Aerial (sorti en 2005), offre un subtil entrelacs de voix et d’instruments au charme mystérieux… ou au charmant mystère !
De la belle ouvrage, indéniablement, avec une Maria Laura Baccarini dont le plumage – ce qui ne gâche rien – vaut largement le ramage !
JLD (Abalone Productions)
Février 2011

Revoilà Michel Portal, au mieux de sa forme et de son inspiration protéiforme, illustration vivante de l’ouverture d’esprit et de l’abolition des frontières musicales, tour à tour musicien classique, compositeur de musiques de film, jazzman multi-instrumentiste…
Avec “Baïlador”, son dernier album, il s’est entouré de pointures de son acabit, à commencer par le batteur Jack DeJohnette et sa cadence toute de rigoureuse souplesse (le paradoxe en forme d’oxymore n’est qu’apparent…) et l’excellent Scott Coley à la contrebasse. Mais il faut également citer Lionel Loueke à la guitare, le trompettiste américain Ambrose Akinmusire, et bien sûr le pianiste Bojan Z (découvert en d’autre temps chez Henri Texier), également porteur ici de la casquette de producteur.
De beaux thèmes, une grande liberté d’interprétation, et au final un album de plaisir, libre, joyeux et enthousiaste qui nous convie, au fil des plages, à un voyage festif au pays des rythmes et de la danse (baïlador : danseur, en espagnol).
Le disque d’un jeune homme de… 75 ans. Il y a des leçons à prendre ! JLD (Emarcy)
Janvier 2011

Quand ils ne singent pas les Américains, jusque dans des titres improbables en anglais de supermarché, les jazzmen français ont des qualités propres qui les feraient reconnaître entre tous : amour de la mélodie, sens esthétique, respect de l’expression instrumentale individuelle…
Toutes qualités réunies et presque concentrées dans ce “Wared” du pianiste Edouard Bineau, autre divine apparition dans les bacs, en cette fin d’année, dans la droite ligne d’un Henri Texier à son meilleur : très beaux thèmes, équilibre des timbres, arrangements qui ménagent à chacun un vaste espace d’expression (au point de douter parfois qu’il s’agit d’un disque de pianiste, tant celui-ci offre de véritables boulevards à ses accompagnateurs).
Bref, que du bel et bon, imaginatif et toujours agréable à l’oreille tout en restant subtil et même parfois complexe.
Et non, “Wared” ce n’est pas de l’amerloque (comme aurait pu dire le regretté Nougaro) ! Juste le verlan anglo-phonétique d’Edouard, discrète concession du pianiste à un égocentrisme ici-bas tellement répandu… JLD (Derry Doll Records)
Décembre 2010

Si les big-bands ont un passé (glorieux), ils ont aussi de l’avenir ! Au moins obstinons-nous à le croire, en dépit de la dureté des temps et de la frilosité des programmateurs qui ont conduit récemment le “Vienna Art Orchestra” à se saborder.
Le tromboniste new-yorkais Alan Ferber, en tous cas, est de ceux qui ont compris tout le parti qu’on peut tirer d’une grande formation. Son récent “Music for nonet and strings” (ou le nonet en question est renforcé de dix cordes !), nous le démontre brillamment, avec une musique élégante et généreuse (ah, la générosité… son absence en musique et ailleurs est une source quotidienne de mélancolie).
Très “écrit” et de facture plutôt classique (ce qui n’est pas une maladie honteuse), cet album aux arrangements subtils d’un (autre) fils spirituel de Gil Evans est une très bonne surprise, et encore une découverte venue d’Outre-Atlantique ! JLD (Sunnyside)

“Federico Mompou, né le 16 avril 1893 à Barcelone et mort dans cette même ville le 30 juin 1987 (à l’âge de 94 ans), est un compositeur et pianiste espagnol.”
Ainsi commence l’article de Wikipedia consacré à cet homme, apparemment étonnant, surdoué à sa manière, touche à tout mais surtout aux notes, à la musique. Avec quelques recherches supplémentaires, on se rend vite compte qu’il a écrit une œuvre immense, connu Fauré et bien d’autres, et qu’il est joué régulièrement.
Et surprise, plus de la moitié des morceaux du dernier cd de François Couturier (piano), avec François Méchali (basse) et François Laizeau (batterie), sont crédités Federico Mompou.
D’ailleurs, le titre de ce même cd, Musica callada, est aussi le titre d’un recueil de 28 pièces, réparties en 4 cahiers et composées entre 1959 et 1967 par le Catalan.
Alors Couturier, autour de Monpou, dans l’ambiance, sous l’influence, in the mood ?
Le premier morceau, par exemple, Musica callada 1, démarre sur un thème post romantique exposé au piano tout en retenue, en rebonds des notes, ponctués par de profondes remarques à la contrebasse. Mompou or not Mompou ? Le deuxième morceau, variation 1, reprend le même thème, mais alors là, on y est, on est vraiment en plein dans le jazz, tempo marqué à la cimbale, avec un dialogue du trio qui fonctionne à plein. C’est normal, me direz-vous, c’est signé par les trois François.
Et tout l’album est ainsi. On ne sait pas d’où ça vient, et puis assez vite on oublie la question de l’origine. Parfois dansant, parfois chantant. Forcément, puisque ce sont des canciones y dansas. Parfois en plein rêves enfantins, avec des notes aigües au piano, remplies de lumière neigeuse, qu’on dirait sorties d’une boîte à musique (variation 3). Et puis des moments de chansons sublimes, nostalgiques et chaudes, comme ces voix éraillées de chanteuses populaires espagnoles (impressiones intimas). Ou bien on se retrouve dans une balade au thème clair et au tempo limpide (cancion y danza VII), avec un refrain régulier comme dans une chanson.
Et c’est formidable, ça fonctionne à merveille sous les doigts des trois jazzmen. Une “musique simple, mélodique”, comme dira François Couturier. Car pour en savoir un peu plus, on est finalement allé lui poser quelques questions. Cet enfant du pays, natif de Fleury-les-Aubrais, nous en a dit autant sur la musique de Mompou que sur lui-même et son travail (voir entretien ici). BC (Zig Zag Territoires)
Novembre 2010

Doublement couronné en cette année 2010 par la Jazz Journalists Association (“Meilleur grand ensemble”, et “Révélation de l’année”) Darcy James Argue est à l’évidence un nom à retenir.
Ce que confirme largement l’écoute du premier album (paru en 2009) enregistré avec son big band, le Darcy James Argue’s Secret Society : “Infernal Machines”.
Un big-band de dix-huit musiciens où l’on retrouve quelques pointures du Maria Schneider Orchestra (notamment la monumentale – au propre et au figuré – trompettiste Ingrid Jensen) dans des compositions qui ne sont pas si éloignées de l’esprit de l’aimable Maria.
Oscillant entre intimisme parfois minimaliste et exubérance, ce disque généreux – y compris par la place qu’il laisse à ses différents solistes – est une bien belle découverte ! Et comme l’homme est prodigue, on peut même sur son site (un clic ici), avant de le commander, en écouter gratuitement tous les morceaux, captés ici et là, notamment au Jazz Gallery de New York, club atypique et associatif dont nous vous entretenions ici même dans nos estivales “Chroniques new yorkaises”…
JLD (New Amsterdam Records)
ILS SONT SORTIS IL Y A QUELQUE TEMPS, MAIS ON AVAIT ENVIE DE VOUS EN PARLER

Sœurs de sang, de Jean-Marie Machado
Enregistré en 2006, sorti en 2007 chez Harmonia Mundi, collection Le chant du Monde
Dans le premier cd, en solo, Jean-Marie Machado aborde des influences qui ont pu intervenir dans son travail. Quelques réminiscences de la musique romantique et début de siècle, du swing, des cassures à la Monk. Et puis les deux sources annoncées au départ de cet album, le fado et ses airs parfois enjoués mais surtout nostalgiques, et puis la voix chaude, forte et pourtant fragile de Billie Holiday, où se mèlent tragique et dérision. Tout cela dans une virtuosité manifeste mais secondaire, pleine d’accords complexes, comme s’il dialoguait avec son piano, avec sa culture musicale sans s’occuper de l’auditeur, dans une sorte d’intériorisation profonde. Et pourtant le courant passe. Exercice difficile s’il en est, cette plage solo de piano séduit par la maîtrise de la musique, par l’intelligence qui en ressort, par l’équilibre entre la mélodie et le tempo.
Dans le deuxième cd de cet album, Machado invite ses amis Jean-Pierre Viret à la contrebasse et Jacques Mahieux à la batterie. Avec eux, grâce à eux, il extériorise pleinement ce qu’il avait abordé seul. Mais ils restent tout trois dans la lignée amorcée par le piano solo. Dans cette formation fréquente du trio de jazz, ils nous livrent des morceaux impeccables, tellement bien réglés qu’on peut se laisser entraîner sans crainte dans des mélodies habitées qui se déroulent sur des tempi toujours renouvelés.
Un très bel album de trois musiciens qui s’imposent de plus en plus dans le monde des grands du jazz international. BC

Le temps qu’il faut, de Jean-Philippe Viret
Enregistré en 2008 (Melisse / Abeille)
Sous l’impulsion du contrebassiste Jean-Philippe Viret, qui le signe, cet album rassemble des morceaux des trois membres du trio.
Viret a demandé à Edouard Ferlet au piano et Fabrice Moreau à la batterie, des complices qu’il connaît bien, de jouer avec lui.
Sur une charpente forte mais qui sait rester discrète, les trois compères nous emmènent dans des mélodies aériennes, riches en tours et détours, avec de nombreux moments d’harmonie collective.
Ils atteignent un jazz contrôlé, apaisé, dont l’apparente simplicité nous fait oublier le temps qui passe… puisque tel est bien leur point de départ, le plaisir du tempo contre l’irrémédiable fuite des secondes.
Cinquième album de Jean-Philippe Viret en trio, ce cd intelligent, sensible et même émouvant rappelle l’importance et l’aura de ce contrebassiste extrêmement inventif et intéressant.
Ce “Temps qu’il faut” a un goût de trop peu… BC .
Un extrait sur www.viret.com
Octobre 2010

Dans l’univers des chanteuses inutiles (parce que pléthoriques et interchangeables), Bettye Lavette n’a pas sa place : elle est unique.
Elle est aussi l’une des moins connues de la scène soul, blues et jazz, ce qui prouve à ceux qui ne le savaient pas encore que talent et succès ne riment pas forcément.
Mais elle a fait, et continue de faire, son petit bonhomme de chemin, pour le plus grand bonheur des privilégiés qui ont croisé un jour sa voix – à la limite de la fêlure – et ne l’ont plus oubliée, et ce timbre qui doit autant à la nature qu’à cette détermination farouche d’arracher les émotions du plus profond d’elle-même.

Bettye Lavette ne chante pas seulement pour faire joli et c’est toute la différence. C’est moi qui le dit ? C’est elle qui le prouve à nouveau, dans deux albums sortis coup sur coup, “The scene of the crime” et “Interpretations : The British rock songbook”, ce dernier revisitant, avec quel talent !, les grands standards pop-rock anglais.
Et pour ceux qui n’en auraient pas assez, un petit dernier, sorti il y a lurette mais qu’on peut encore trouver sur les sites ad hoc : “I’ve got my own hell to raise”, plus qu’un titre, un manifeste !
JLD (Label Anti)
Juillet-août 2010
Le taureau et l’orque, qui forment le mot-valise donnant son titre au dernier album d’Eddy Louiss, sont des animaux vigoureux et puissants.
Et “Taurorque” est à leur image, clin d’oeil ou pied de nez à la maladie qui, quatre ans durant, a tenu l’organiste loin des scènes et des studios.
Il y a perdu au passage son label, beaucoup de sa santé et sans doute quelques illusions, mais rien de sa force lyrique ni de son inspiration bouillonnante.
Si le propos semble ici, parfois, plus grave et plus introspectif que dans les albums précédents, il renoue aussi avec bonheur, sur plusieurs compositions, avec le souffle qui emportait les “Multicolor Feeling Fanfare” des années 80, quand Eddy Louiss déchaînait l’énergie de dizaines de musiciens d’harmonies ralliés au panache de son orgue Hammond, cet instrument qui sonne si bien entre ses mains habiles.
On l’attendait ce “Taurorque”. On l’a enfin ! Pour nous permettre, privilégiés que nous sommes, de prolonger le plaisir goûté lors du dernier Orléans’Jazz, premier concert public de Monsieur Eddy, après une longue, trop longue parenthèse… JLD (Tempo 111)
Mai-juin 2010
A quelques semaines d’intervalle, quatre pianistes confirmés se présentent dans les bacs avec un nouvel opus.
Commençons par le plus américain des pianistes français, Jean-Michel Pilc, New-Yorkais d’adoption depuis déjà quelque temps.
Son True Story est sans doute le plus intéressant du lot, riche, subtil, souvent profond et très cohérent. Un album traversé de très beaux thèmes, lyrique mais sans esbroufe, donné dans la composition classique du trio jazz (avec Billy Hart à la batterie et Boris Kozlov à la contrebasse).
(Dreyfus Jazz)
Après le très remarqué “Share”, c’est Baptiste Trotignon qui nous revient avec Suite, dans une formation orchestrale similaire (un quintet), pour un album enregistré cette fois en public, au Charlie’s Wright de Londres.
Un album qui sonne très “new-yorkais” – lui aussi –, et qui ne renie pas les influences “bop” et post-bop qui ont marqué le pianiste-compositeur. De la belle ouvrage, agréable à l’oreille. Comme d’habitude.
(Naïve)
Le Franco-Américain Jacky Terrasson vient, lui, tout juste de sortir Push, un album très “swing”, énergique et joyeux où se mêlent gaiement afro-cubain et be-bop, incursions hip-hop et clins d’yeux funky… Un album “pluriel” diront les snobs, quand d’autres y verront peut-être un manque de cohérence.
Mais bon : on aime Jacky Terrasson, sa simplicité, sa curiosité, sa volonté revendiquée de donner là un album “différent”… et son inaltérable bonne humeur (c’est au moins ce qu’il montre de sa personnalité !).
(Concord Jazz-Universal)
Du dernier Brad Mehldau, Highway Rider, que dire ? Le pianiste et compositeur paraît ici comme emprunté, égaré, même, sur des chemins certes très “easy listening” (donc censément vendeurs auprès d’un public non-jazz), mais qui signent le produit marketing bien plus qu’une œuvre originale. Et quand ce n’est pas étique (malgré le recours à un orchestre symphonique qui a trop écouté André Rieux) c’est souvent pompeux. Bon, on peut s’en passer. JLD (Nonesuch Records)
Avril 2010 
Avec Vertical voices, Kerry Marsh et Julia Dollison, époux à la ville et talentueux vocalistes contemporains, ont décidé de s’attaquer à Maria Schneider. En tout bien tout honneur, puisqu’ils ont choisi d’adapter vocalement, avec un soutien orchestral minimal, quelques-unes des plus belles pièces (The pretty road, Journey home, Sky blue…) de cette disciple de Gil Evans, depuis lurette affranchie du maître. Où il s’avère que la belle Maria (multi-détentrice de Grammy Awards) n’est pas seulement l’un des meilleurs arrangeurs du moment et l’une des plus magnifiques coloristes du jazz pour grande formation mais également une mélodiste hors pair, ce que révèle mieux que tout autre forme cette transposition pour voix. On n’aime pas, on adore ! JLD (distribution uniquement via www.artistshare.com) 
On n’avait pas eu l’occasion, ici, de chroniquer l’extraordinaire “Outre-Terres” (Cristal records – 2007) de Carine Bonnefoy. Avec son magistral “Tribal”, celle-ci nous offre la séance de rattrapage qu’on attendait. Ce n’est pas seulement parce qu’elle est femme, compositrice, pianiste et arrangeur que l’on compare si souvent la Française avec son homologue Outre-Atlantique Maria Schneider. C’est que toutes deux partagent une manière unique de faire sonner l’orchestre, une délicatesse et une intelligence mélodiques et instrumentales peu répandues à un tel niveau. Certes, les dix-sept musiciens du “New Large Ensemble” convoqués sur “Tribal” n’ont pas la puissance de feu des cinquante-deux interprètes du Métropole Orchestra de Vince Mendoza, mobilisés sur le précédent opus. Certes, “Tribal” est peut-être un peu plus intériorisé, moins “éclatant” que “Outre-Terres”. Mais le plaisir reste intact et l’on goûte chaque instant passé à la découverte de toutes les subtilités que recèle ce petit trésor. Souhaitons qu’avec “Tribal”, la plus inspirée et sans doute la plus douée des compositeurs de jazz français trouve enfin la notoriété qu’elle mérite. JLD (Codaex)
Mars 2010
Une fois n’est pas coutume, en voilà deux pour le prix d’un ! Thomas Savy, avec “French Suite”, et Sophie Alour, avec “Opus 3”. Deux musiciens (clarinette basse et saxo ténor) estimables et souvent inspirés, égarés là dans le même exercice masturbatoire (de ceux qui, par définition, ne font plaisir qu’à ceux qui s’y adonnent, en l’occurrence eux-mêmes – au moins espérons-le) : un même minimalisme instrumental (bois, contrebasse, batterie), la même austérité harmonique, une même refus du thème, une même manque, pour tout dire, de générosité artistique. Tout cela est un peu vain, et sans doute volontaire de la part du label qu’ils partagent (Plus Loin Music), dont le slogan pourrait bien être ici : “Moins loin musique”… JLD (Plus Loin Music).
Ca commence par le titre, emprunté à l’un des derniers opus du vieux Joe (Zawinul) : Faces & Places. Et ça continue, entre funk, jazz-rock et fusion, comme une balade au pays du jazz des années 80, clin d’œil à Miles par-ci, hommage discret à Corea par-là, en une revisite décomplexée des maîtres, mais avec quelque chose en plus que la simple révérence aux grandes figures de ce passé pas si lointain. Pianiste, compositeur et arrangeur, le Turc Fahir Atakoglu a concocté pour son plaisir un ensemble de compositions qui font le tour du jazz et de ses influences favorites (y compris orientales) et ça marche parfaitement, bien aidé en cela par quelques noms qui sonnent juste à nos oreilles, Randy Brecker ou John Patitucci… sans oublier un batteur à suivre : Horacio “El Negro” Hernandez ! Voilà un magnifique fourre-tout jazzistique, joyeux, inspiré, mélodieux, virtuose. Loin de cette musique de culs pincés dont nous assaisonnent en ce moment tant d’instrumentistes français. L’Arménie avait Tigran Hamasyan. La Turquie peut compter sur Fahir Atakoglu. L’antique Asie mineure serait-elle l’avenir du piano jazz ? JLD (Far@Here LLC)
Médéric Collignon – qu’on aime tant, pourtant, parce qu’il est l’un des instrumentistes français parmi les plus importants du moment – a choisi pour son second album avec “Jus de Bocse” (“Shangri-Tunkashi-La”), de faire coin-coin avec sa trompinette sur le répertoire électrique du Miles de l’époque “Bitches Brew” (1970), certes alors très novateur mais passablement énervant à la réécoute.La volonté de faire original tout en restant respectueux – exercice combien périlleux –, nous vaut ainsi une avalanche de sons échevelés et disparates, au fil d’interprétations sans réelle cohérence. Un seul morceau, peut-être, parvient à émerger de ce marigot sonore. Il est signé Zawinul. C’est qu’on ne massacre pas si facilement le grand Joe ! JLD (Plus Loin Music)

Il y a beaucoup de profondeur dans le dernier disque du pianiste François Couturier. De la gravité, presque de la solennité. Et, pour l’auditeur, le sentiment d’être convié à une sorte de “cérémonie musicale” comme un Keith Jarrett inspiré (ça y est, c’est placé, on n’y reviendra pas) savait hier en ordonner. Avec “Un jour si blanc”, nouvel hommage au réalisateur Andreï Tarkovski, le pianiste se livre en effet à nu, accomplissant un rituel solitaire où nous semblons conviés par permission exceptionnelle. Et l’on goûte religieusement ces compositions et improvisations, magnifiées par une prise de son qui en restitue la grâce et la fragilité, chaque note et ses harmoniques… On n’aura garde d’oublier que ce Couturier habile, en d’autres temps, fit les beaux soirs du Cabaret des Trouvères en compagnie de son compère Jean-Pierre Chalet. Car il est, en effet, originaire de notre bonne ville ! Ceci n’est pas du jazz mais, comme aurait dit Francis Marmande, cette musique ne pourrait être jouée par personne d’autre qu’un musicien de jazz. JLD (ECM)
Mario Canonge ? “Un pianiste surdoué” au croisement des cultures. Ainsi peut-on définir ce musicien martiniquais qui a le don de se jouer des styles musicaux reconnus et est capable de passer du jazz à la salsa ou au zouk. Il pioche ainsi dans les accents et les nuances propres à ces courants antillais, sud-américains et afro-cubains, et mêle avec un art déconcertant les différentes familles musicales de la Caraïbe. Une musique tourbillonnante, riche et toujours résolument jazz ! “Lueur Eteinte”, c’est une pluie de notes, telle une ondée tropicale apportée par les alizés. “Manman-Dio”, et vous êtes au pays du zouk, les fleurs d’hibiscus s’ouvrent au petit matin et les bougainvilliers accompagnent votre promenade au pays des mornes de bananiers, de canne à sucre et de fougères géantes… C’est “Rhizome”. La Baronne (Enzo Productions)
Février 2010
Quand on n’est pas omniscient (hélas, c’est le lot de certains d’entre nous), on ignore beaucoup de choses et de gens. L’avantage – forcément – est que les découvertes sont nombreuses, et ceci compense largement cela ! Ainsi de Christian Scott. Avec son “Yesterday you said tomorrow”, ce trompettiste de 27 ans tout juste, natif de La Nouvelle Orléans, déboule magistralement sur nos lecteurs de cd, prouvant s’il en était besoin que notre ignorance était coupable. Comme tous les vrais solistes, c’est d’abord par un son très personnel qu’il accroche, entre murmure et feulement, le plus souvent, avec une économie de notes et une sorte de détachement très “Milesiens”… De balades nonchalantes en compositions joyeusement énergiques, Christian Scott promène son instrument aux lisères du jazz, dans un album extrêmement agréable à l’oreille. Pas mal, pour de la musique ! JLD (Concord Records/ Universal)

Seul avec sa guitare et un jeu de pédales, Pat Metheny joue l’homme-orchestre… Le pari de jouer en solitaire est réalisé avec cet Orchestrion, une vieille idée du plus célèbre guitariste de jazz traditionnel de notre époque. Il veut que ça sonne comme du vrai et réalise une prouesse technologique avec de vrais instruments pilotés par lui-même, sans synthé ! Des sons mécaniques, numériques, pneumatiques, robotiques, à champ magnétique solénoïdal… et on en passe ! Nous vous voyons hésiter… Eh bien, non, écoutez ! Ce n’est pas rébarbatif du tout, c’est toujours l’écriture de Pat Metheny et le son est le sien. Malgré tout, Lyle Mays*, où que vous soyez, vous nous manquez. La Baronne (Nonesuch/Warner Music) * pianiste du Pat Metheny group
Janvier 2010
“This is a jazz record for people who think they don’t like jazz…” (New York Times). Déjà nominé pour le “Grammy for best jazz instrumental album 2010”, la voix toute en émotion de TSF Jazz a ajouté le 21 décembre à ce Bright Mississippi celle de “Meilleur album de jazz de l’année”. Incontestablement Allen Toussaint est mon coup de cœur 2009. Arrangeur, compositeur, producteur, chanteur et pianiste, il sort là son premier véritable album de jazz, où il a invité quelques noms prestigieux : Don Byron, Nicholas Payton, Marc Ribot, Joshua Redman et même Brad Meldhau.
On l’a dit : “Best INSTRUMENTAL album”. C’est bien toute la différence avec les nombreuses reprises de vieux standards du Duke, de Django, d’Armstrong ou de Monk. Ici, tout est dans le son, sa couleur éclatante, son élégance, sa légèreté. C’est revisité mais ça sonne comme du neuf. Du traditionnel, mais moderne. Avec un toucher de piano enchanteur. Un papillon vole sur tous les instruments… Monsieur Toussaint, vous avez l’art de “déranger” les standards ! Des comme ça, on en veut, de cette musique joyeuse, multicolore et multicouches qui rappellera à tout un chacun un moment d’émotion, un souvenir léger, une première danse peut-être… C’est Noël, offrez-le : de la grand-mère au dernier “baby”, c’est sûr, vous n’en aurez que des compliments ! La Baronne (Nonesuch records)
Décembre 2009
Cette “Attente” valait bien quatre années de patience… Mais quel bonheur aujourd’hui. Une musique inclassable, entre jazz, musette, variété et poésie musicale. De l’accordéon qui frôle et joue Apollinaire, Aragon, Boris Vian, Astor Piazzola. L’odeur des conifères… Ah non, c’est sûr “Je voudrais pas crever”, comme le dit Jean-Louis Trintignant, sans avoir tout humé de ces textes, de ces sons magnifiques.
Un souffle fleuri, une musique littéraire mais odorante et tactile, quelquefois à la limite de la tristesse tant la poésie s’évapore en songes bleus évanescents. Chaque titre est un poème, un pastel, une prise de vue, une odeur. Du beau monde autour de Daniel Mille : Trintignant, déjà cité, mais aussi André Ceccareli, Stéphane Belmondo, Eric Legnini, Alfio Origlio, Jérome Regard, Stéphane Chausse et autres invités prestigieux. Daniel Mille est unique, Deezer nous le dit bien : “Aucun artiste similaire”… Nous confirmons ! Bravo l’artiste et standing ovation. La Baronne (Universal Music)
Novembre 2009
Enfin un album live ! Il aura fallu attendre presque quarante ans pour que Jan Garbarek nous offre un enr
egistrement live d’un concert. Et quel enregistrement ! Une véritable pépite qui confirme s’il en était besoin que le saxophoniste norvégien plane toujours sur les hautes cimes du jazz. Tout y est : toujours ces mélodies aériennes, ces ambiances multiples où le silence garde toute sa place et bien sûr l’énorme capacité d’improvisation de cet artiste exceptionnel dont le talent décidément ne fait que se bonifier. On notera à ses côtés, la performance de Manu Katché dont la rythmique a su se plier tout en souplesse au jeu de Garbarek, et l’on écoutera avec délice les quelques solos imparables de Yuri Daniel et Rainer Brüninghaus. Voilà donc un album qui fera date. Et qui ne nous fait souhaiter qu’une chose : vivement que Jan Garbarek revienne ravir nos oreilles sur la scène du Campo Santo ! MV(ECM 2009 - Universal)
Mélodie Gardot… Couronnée, adulée, sacralisée… à 25 ans ! Passons sur l’accident de vélo, la musicothérapie et tout ce qu’on a pu dire ou écrire sur elle depuis que “A new star is born” ! Prévu à court terme (2010), une tournée mondiale avec Diana Krall et Madeleine Peyroux… A quand le Stade de France ! Qu’ajouter à toutes les critiques déjà lues, toutes plus dithyrambiques les unes que les autres ?
Elle chante pour l’instant en toile de fond de ma prose : “Close your eyes my angel… Goodnite”. Tout un programme, à vous donner la chair de poule. On craque, on délire, on imagine, on caresse le velours bordé de satin, on sensualise… Troublant ! Troublée… Ecoutez et réécoutez-la les jours de stress. Elle n’enflamme pas, elle séduit, elle calme, et cela vaut tous les Lexomil de votre pharmacopée. Et, de temps en temps, ça swingue (“All I need is love”). Impossible d’ignorer un disque de platine catégorie jazz, même si quelques grincheux attendent déjà ce Worrisome heart, côté musique d’ascenseur ou de parking souterrain pour véhicules de luxe solitaires ! La raison des plus nombreux n’est-elle pas celle du plus fort ? Je n’en sais fichtre rien, sacrés médias va ! La Baronne (Universal)
Octobre 2009 
C’est simple, on aime Mike Stern parce qu’il est sympa. Et puis, on aime Mike Stern parce qu’il a une bonne tête. On aime Mike Stern parce qu’il a joué avec le Miles des années 80. On aime Mike Stern parce qu’il ne manque jamais, quand il est à New York, d’aller faire le bœuf avec de jeunes musiciens, au 55 bar, là où tout a commencé pour lui. On aime Mike Stern parce qu’il a, malgré les tentations de la virtuosité, gardé un vrai sens mélodique. Bref, on aime Mike Stern parce qu’il le mérite. Et son dernier album, Big Neighborhood, nous prouve qu’on a raison ! JLD (Heads Up)
C’était son vœux le plus cher : avoir SON big band. C’est fait et bien fait !
Emergence, du Roy Hargrove big-band, c’est du bonheur à l’état pur, du funk, du groove, des coups de chapeau aux illustrissimes, un “Funny Valentine” suintant Miles et Chet mais interprêté au buggle : pas de confusion possible, c’est SA “Funny Valentine” à lui, un plein d’émotion qui serre le coeur ! Et puis, un pétillant et craquant “Mambo for Roy”, écrit et griffé Chucho Valdès. “Every time we say goodbye” nous chante Roberta Gambanini : un feeling à vous faire précisément rester là, sans aucun au revoir, jamais… Et ce “Requiem”, avec un trombone qui sonne à vous retourner la tête ! voyons… mais oui, c’est Ku-Umba Frank Lacy, il n’y a que lui pour glisser la coulisse à la limite du too much ! Du bonheur, que du bonheur… Croyez-nous puisqu’on vous le dit ! La Baronne (Emarcy Universal)
Septembre 2009
Victoire des coteries ? Victoire du snobisme ? Victoire du jazz 2009 : l’Orchestre National de Jazz de Daniel Yvinec (“directeur artistique” – sic, et “penseur de croisements fertiles ” – c’est lui qui le dit), avec “Around Robert Wyatt” (il est vrai que “Autour de Robert Wyatt” aurait fait d’un ringard…). Bref, un “concept” : reprendre et arranger des chansons de R. Wyatt interprétées chaque fois par un chanteur différent. Du jazz ? Allez savoir… Mais du pipeau, sans aucun doute ! JLD (Bee Jazz)
Juillet 2009
Nouveau cd pour Jean-Christophe Cholet avec, cette fois, son ensemble Diagonal. French touch est un hommage aux compositeurs sérieux ou plus “légers” du début du siècle – de Satie à Ravel en passant par Vincent Scotto. Une nouvelle occasion pour le pianiste-compositeur-arrangeur de déployer son savoir-faire, à travers une musique farcie de références, érudite, savante, aux arrangements subtils et complexes. A écouter et réécouter pour en saisir toutes les nuances… et la portée ! JLD (Cristal records)
Crouch, touch, engage… Le titre sonne comme une injonction. Et c’en est une, en effet, de l’arbitre aux équipes de rugby, lors des entrées en mêlée. Avec ce nouveau cd, le MegaOctet créé en 1989 par le pianiste Andy Emler nous offre une fois de plus ce que le jazz “à la française” peut produire de meilleur. Ici, une musique puissante, énergique, presque physique, fruit de l’engagement total d’une équipe de musiciens – dont de nombreux solistes émérites, Médéric Collignon, François Thuillier, Laurent Dehors… – soudés derrière leur “coach”. Essai marqué et transformé ! Mais que n’a-t-on confié la baguette et les clés de l’ONJ à cet homme là ! JLD (Naïve)
Avril 2009
Depuis des décennies, ils ont fait et continuent de faire le plaisir des amateurs de Jazz… Ce sont tous les disques magnifiques produits par le label Blue Note qui fête ses 70 ans au service du jazz et de ses plus grands musiciens : Art Blakey, Miles Davis, John Coltrane, Ornette Coleman, Dexter Gordon…. ô jazz ! souhaite donc un “Happy Birthday” à Blue Note et vous invite à visiter le site : www.bluenote70ans.com >>
C’est le programme alors inédit dont nous avait régalés l’Orchestre National de Jazz (direction Franck Tortillier) en juin 2006 au Campo Santo : un ensemble de compositions sur un rythme à trois temps ; du jazz, oui, mais en forme d’hommage attendri aux valses de papa et aux petits bals perdus… “Sentimental ¾” (Cam Jazz) sort enfin en cd, avec le même orchestre. Le plaisir pris à ces retrouvailles reste intact. Et la certitude demeure : Franck Tortillier est une des meilleurs choses qui soient arrivées récemment à l’ONJ.
Mars 2009
Côté saxo, c’est le nouveau CD de Donny McCaslin qui est à signaler. Télérama lui décerne carrément 4 clés évoquant “une virtuosité sans limite, une sonorité musclée, une commande hallucinante du suraigu…”. D. McCaslin, faut-il le rappeler, est un membre éminent de l’orchestre de Maria Schneider : sur Cerulean Skies, le solo de sax ténor, c’est lui…
Avec “Wild is the wind”, la chanteuse Dee Alexander propose depuis le 26 février une galette de grande qualité où cette magicienne de la voix laisse “sans voix” ! Du jazz made in Chicago, à la fois dense et léger, puissant et sensuel qui n’est pas sans rappeler la grande Dee Dee Bridgewater, et peut-être surtout Dianne Reeves, dont elle partage le phrasé et jusqu’au timbre de voix.
Côté Loiret, c’est le guitariste virtuose Raphaël Faÿs qui se fait remarquer avec son nouveau double-album “Andalucia”, hommage au flamenco où l’on retrouve tout l’art et le doigté magique de ce musicien-compositeur surdoué.Un voyage musical en hispanie où le jazz n’est jamais très loin. Ô Jazz ! a reçu Raphaël Faÿs dans le cadre d’un “Forum”, le vendredi 27 mars à 17 h 30 à la Fnac d’Orléans.

Kyle Eastwood a rassemblé des amis britanniques pour l'entourer dans son dernier opus, The view from Here.


4,5 G RICHTER / TRIO (“Jazz électro”). Dans le cadre de la 4e saison des Samedis du Jazz, proposés par ô jazz ! et la Scène nationale d'Orléans. A 17 heures au Théâtre d'Orléans – entrée libre.
YOUN SUN NAH QUARTET (Jazz). A La Passerelle, scène régionale de Fleury-les-Aubrais, à 20 h 30. Renseignements : 02 38 83 09 51
MARCEL ET SOLANGE (invitent le pianiste et compositeur Stevan Kovacs). Dans le cadre de “Jazz au Moulin”. A 20 h 30 à la MJC d’Olivet – Moulin de la Vapeur : 127, rue Marcel-Belot. 02 38 63 66 60 - 
JACKY TERRASSON (Concert du pianiste de jazz franco-américain autour de son dernier album : Gouache). A 20 heures, dans la cour du château de Chambord (Loir-et-Cher), dans le cadre du 